Les couleurs au Moyen Age

Sur son site internet, le musée du Louvre présente une série de conférences en ligne sur les couleurs du Moyen-Âge.

Ce sont cinq cours d’initiation à l’histoire des arts donnés à l’automne 2012 par Michel Pastoureau, médiéviste, historien des représentations et directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études (EPHE). Les conférences, d’un peu plus d’une heure chacune, s’adressent aux non spécialistes, qui semblent avoir été nombreux à se présenter au Louvre pour ces conférences et à qui on réserve une période de questions d’une quinzaine de minutes à la fin de chaque séance. Les conférences sont passionnantes même quand l’historien traite de son sujet sans l’appui d’images ; il affirme à un moment ne pas avoir osé ajouter de textes à ses documents Powerpoint parce que l’utilisation du logiciel est trop nouvelle pour lui. On le croit sur parole ; la qualité de son discours, la clarté du contenu comme de la forme, son érudition suscitent un intérêt qui ne faiblit pas tout au long des cours. La parole seule du conférencier assis à une table devant la salle, pratiquement sans bouger, est tout aussi passionnante que dans les moments où les informations sont appuyées par des exemples illustrés. Les conférences de Michel Pastoureau, aux grandes qualités d’érudit et de communicateur, rappelleront sans doute aux internautes leurs meilleurs professeurs.

La première conférence de la série sert d’introduction aux quatre suivantes et porte sur la difficulté de construire une histoire de la couleur, à cause, notamment, du passage du temps qui a transformé les couleurs d’origine des sculptures, des peintures, des tapisseries et des oeuvres architecturales mais aussi à cause des écarts entre l’éclairage changeant de la flamme de la bougie utilisée au Moyen Âge  et l’éclairage électrique plus uniforme et statique que nous utilisons pour consulter et admirer les oeuvres aujourd’hui. Pastoureau précise aussi, dans une langue admirable de clarté, les difficultés méthodologiques associées au choix des couleurs comme sujet d’étude, surtout quand on veut analyser les aspects esthétiques et oniriques des couleurs médiévales. Il souligne l’importance de ne pas projeter les savoirs actuels dans le passé, et donne l’exemple du bleu, qui était considéré, à l’époque médiévale, comme une couleur chaude, contrairement au classement actuel.

La deuxième séance est consacrée aux pigments et aux colorants du Moyen Âge ; le conférencier y évoque les analyses récentes de laboratoire qui ont beaucoup apporté aux connaissances sur les couleurs de l’époque médiévale. Il rapporte également les recherches faites à partir de documents d’archives comme les recueils de recettes de couleurs de l’époque, qui ne précisaient ni les durées ni les quantités, sans compter leur aspect multilingue qui rend leur analyse assez complexe. Toute une partie de ce deuxième cours décrit les différents pigments de l’époque en précisant leur provenance géographique, leur origine végétale, minérale ou animale : le bleu du lapis-lazuli ou de l’indigo, le jaune de l’or piment, le noir des bois calcinés…  Des informations qui pourraient devenir austères mais qui s’avèrent  passionnantes grâce à la riche mise en contexte et aux explications limpides du conférencier.

Les trois autres conférences en ligne qui composent la série traitent des codes vestimentaires au Moyen Âge et des colorants utilisés à cette époque par les teinturiers, des couleurs du blason et de leur symbolique ainsi que de la « révolution bleue » des XIIe et XIIIe siècles.

C’est une série captivante que le Louvre propose ici, un voyage dans le temps où Michel Pastoureau fait office de guide, un médiateur exceptionnel qu’on voudrait pouvoir suivre dans les salles des musées ou dans les cathédrales pour pouvoir comprendre toute une époque par ses couleurs.

Ressources

Les couleurs du Moyen-Âge par Michel Pastoureau [consulté le 24 juin 2013] : http://www.louvre.fr/les-couleurs-du-moyen-agepar-michel-pastoureau

Images : Captures d’écran des conférence en ligne de Michel Pastoureau « Les couleurs du Moyen-Âge » sur le site du musée du Louvre

Article de Francine Clément paru sur Thot cursus le 24 juin 2013 http://cursus.edu/dossiers-articles/dossiers/124/decompresser/articles/20388/couleurs-medievales-comme-vous-etiez/

La Ronde de nuit de Rembrandt

Le titre exact de ce tableau  conservé au Rijksmuseum à Amsterdam est : Les officiers et les gardes de la compagnie d’arquebusiers du capitaine Frans Banningh cocq et du lieutenant Willem van Ruytenburgh. Cette huile sur toile signée et datée est une œuvre de Rembrandt (1606 Leyde – 1669 Amsterdam) peinte en 1642. Aujourd’hui, l’œuvre mesure 3,59m par 4,38m mais elle devait être plus importante à l’origine. Ce tableau a beaucoup souffert et fut amputé d’une partie dès le XVIIIe siècle, le vernis qui le recouvrait a jauni et donnait ainsi l’impression d’une scène nocturne.

La peinture représente un portrait collectif des gardes civils de la ville d’Amsterdam.  Les personnages sont représentés en mouvement, ils sortent du bâtiment de leur compagnie en arrière-plan pour se rendre sur les remparts de la ville prendre leur tour de garde. La composition paraît désordonnée : pas d’axe directeur, des obliques qui s’opposent, des attitudes individuelles différentes pour chaque protagoniste. Le clair-obscur donne un caractère dramatique à la scène qui devient plus un épisode historique qu’un portrait.

Les commanditaires furent sûrement surpris par le rendu de l’œuvre car chacun d’entre eux avait payé 100 florins pour y figurer en bonne place. D’autres personnages ont été rajoutés et non rien avoir avec le sujet comme la femme-enfant du second plan. Mais ce tableau démoda les portraits de groupe des contemporains de Rembrandt.

Rembrandt est un artiste dont l’œuvre est l’une des complexes de tout le XVIIe siècle par son abondance, sa variété et sa richesse d’inspiration. Il refusa de se spécialiser et pratiqua tous les genres et de nombreuses techniques picturales : peinture, dessin, gravure.

Les amours de Zeus : Io

La mythologie antique a souvent inspiré les artistes européens. A partir de la Renaissance, peintres, sculpteurs, graveurs étaient imprégnés de culture classique, ils connaissaient parfaitement l’Iliade et l’Odyssée d’Homère, les œuvres d’Eschyle ou de Virgile

Voici donc la suite de l’article sur Zeus qui traite de ses amours qui ont donné lieu à de nombreuses péripéties.

Pour commencer, je vais vous parler d’Io, son histoire est racontée par le poète latin Ovide dans les Métamorphoses au chant I à partir du vers 568. J’ai choisi deux tableaux de Rubens pour illustrer mon histoire.

 Io était une prêtresse d’Héra, séduite par Zeus. Elle fut transformée en génisse soit par Héra qui voulait la soustraire aux poursuites de son époux soit par Zeus qui voulait la protéger des foudres de sa femme.

Héra la fit garder par Argus, un être bien particulier puisqu’il possédait 100 yeux. Hermès endormit Argus en jouant de la flute et Io put s’enfuir.

Mercure et Argus par Rubens, huile sur panneau peinte entre 1635 et 1638 conservée à la Gemäldegalerie de Dresde, mesurant 63 cm par 87.5

Mais Héra envoya un taon à sa poursuite et à force de la piquer il la rendit furieuse. Io erra à travers la Terre : elle traversa à la nage la mer Ionienne (un dérivé de son nom, atteignit le Bosphore (qui signifie le gué de la vache), franchit le Caucase et termina  sa fuite en Egypte où elle reprit forme humaine.

Quant à ce pauvre qui ne faisait qu’obéir aux ordres de Héra, la déesse préleva ses yeux pour les mettre sur les plumes de son oiseau fétiche : le paon.

Image Junon et Argus par Rubens, huile sur toile peinte vers 1611 mesurant 2m49 par 2m96 et conservée au Musée Wallraf-Richard à Cologne

Le triptyque Portinari de Hugo van der Goes

Le triptyque Portinari peint par Hugo van der Goes (Gand vers 1410 – Rouge-Cloître près de Bruxelles 1482) est une huile sur bois réalisée vers 1476 mesurant  2,50 m par 6m lorsque le retable est ouvert. Il a été commandé par le banquier Tommaso Portinari (installé à Bruges pour y diriger la banque des Médicis) pour le maître-autel de l’église Sant’Egidio à l’hôpital Santa Maria Nuova de Florence et est conservé aujourd’hui au musée des Offices à Florence.

Le panneau central représente une Nativité, sur les panneaux latéraux, nous voyons le commanditaire et sa famille en prière accompagnés de leurs  saints patrons, les volets fermés figurent une Annonciation en grisaille.

Intéressons-nous à la scène principale : La Vierge, saint Joseph, les anges et les bergers entourent l’Enfant allongé à même le sol, la composition circulaire intègre également le spectateur. Les bergers sont représentés de manière réaliste avec des attitudes naturelles. Au premier plan se trouvent deux vases : une albarelle contenant des lys rouges et trois iris et un verre garni d’ancolie. Le lys rouge symbolise la Passion, les iris et l’ancolie les douleurs de la Vierge. La gerbe de blé rappelle le lieu de naissance du Christ, Bethléem signifie la maison du pain en araméen.

Le décor est sobre mais le paysage du panneau central se poursuit sur les volets et des épisodes entourant la naissance du Christ sont représentés : arrivée de Joseph et Marie à Bethléem et la venue des rois mages.

Ce triptyque eut une influence considérable sur les peintres florentins  et inspira notamment Ghirlandaio et Léonard de Vinci.