Les panneaux peints du retable de Mathias Grünewald

Le retable d’Issenheim est un très grand polyptyque  réalisé vers 1510, pour le couvent des Antonins à Issenheim en Alsace, près de Colmar. Il est aujourd’hui conservé au musée Unterlinden de Colmar.

Le retable d’Issenheim vu fermé

L’ensemble a été réalisé en tilleul, les sculptures sont l’œuvre de Nicolas de Haguenau. Mais la polychromie du bois doit dater du XVIIIème siècle. Les peintures  résultent du travail de Mathias Grünewald qui a utilisé une technique mixte (tempera et huile). Le retable mesure un peu moins de 3 mètres de haut, fermé il représente une crucifixion encadrée par saint Sébastien et saint Antoine avec sur la prédelle (petit panneau sous la composition centrale) une mise au tombeau.  Pour la représentation intermédiaire, on voit de gauche à droite une annonciation, une nativité et une résurrection avec la même prédelle que pour le retable fermé. Le retable complètement ouvert montre 2 panneaux peints : la visite de saint Antoine à saint Paul et la tentation de saint Antoine et une partie sculptée représentant saint Augustin, saint Antoine au centre, et saint Jérôme, sur la prédelle également sculptée, nous voyons le Christ entouré des Apôtres.

Il s’agit d’une commande de Guy Guers, précepteur de l’ordre des Antonins.  Cette congrégation religieuse était connue pour les compétences médicales de ses moines. Parmi les innombrables épidémies et fièvres dont souffrait le monde médiéval, on trouve le mal des Ardents  appelé également le feu de saint Antoine, car les Antonins se consacraient au traitement de cette épidémie, actuellement cette maladie est connue sous le nom d’ergotisme. Ce mal présente d’horribles symptômes : picotements et fourmillements accompagnent des troubles sensoriels auxquels succèdent des accidents gangreneux liés à la vasoconstriction. Les membres noircissent, se détachent du corps. Cette affection frappe une grande partie de la population se nourrissant essentiellement de pain de seigle. Les années de disette, les grains trop précieux n’étaient pas triés même ceux touchés par l’ergot (un parasite de cette céréale) : le pain s’en trouvait contaminé.

Les pèlerins malades pouvaient voir le retable depuis la nef à travers le jubé, ou directement en s’introduisant dans le chœur.

La chair torturée du Christ glorifie le mal qui brûle le corps des malades, la présence de saint Antoine et de saint Sébastien fait naître l’espoir d’une guérison. Ce sont des saints protecteurs de la peste pour l’un du mal des ardents pour l’autre, deux des fléaux du Moyen Age.

Le panneau droit représente saint Antoine : la figure imposante est sur un piédestal traité en grisaille, il porte une crosse en forme de tau ce qui rappelle la forme des béquilles des malades amputés un monstre semble l’attaquer derrière la verrière.

Panneau droit du retable d’Issenheim

Le panneau droit représente saint Sébastien, son corps est transpercé de flèches.

Tous deux sont considérés comme des saints guérisseurs Antoine contre l’ergotisme et Sébastien de la peste.

Tout le retable concentre des scènes dramatiques ou étranges. La Crucifixion par exemple, avec son fond sombre fait ressortir les silhouettes de chacun des personnages. la Vierge, vêtue de blanc, s’évanouit dans les bras de saint Jean, Marie-Madeleine est tassée par la douleur. La chair du Christ est tourmentée, hérissée d’échardes, avec des plaies sanglantes. Saint Jean-Baptiste est également représenté avec à ses pieds un agneau saignant qui symbolise le sacrifice divin.

Dans la scène de l’Annonciation, le spectateur ne ressent pas l’intimité habituelle dans ce type de sujet, La Vierge paraît surprise par l’ange Gabriel qui lui a un air autoritaire.

Panneau central du retable d’Issenheim. Première ouverture

Le panneau central parait plus serein avec un concert d’anges et une nativité mais quand on observe certains personnages on y voit des anges au physique un peu particulier.

Détail du panneau central du retable. Première ouverture.

 

Saint Antoine  est un personnage récurrent dans l’iconographie  médiévale et les tentations de saint Antoine est particulier. Ce thème montre les inquiétudes de toute une société face à la tentation et l’enfer. Mais dans ce retable, Mathias Grünewald a choisi de montrer les peurs de ses contemporains face à la maladie. Le culte de saint Antoine déclina à partir du XVIIe, siècle à partir duquel les épidémies d’ergotisme se font de plus en plus rares. Rosine a remplacé Antoine le 17 janvier mais peut-être que certains d’entre vous se souviennent des petits cochons en pâte d’amande que l’on trouvait chez les pâtissiers le premier mois de l’année, ils étaient fait en hommage au saint guérisseur.

Pour voir le retable complet exposé au musée Unterlinden, c’est par ici .

Toutes les photos de l’article proviennent du site Web Gallery of Art

 

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6 réflexions sur “Les panneaux peints du retable de Mathias Grünewald

  1. J’ai appris, moi aussi, que c’était l’ergotisme qu’on surnommait « le mal de Saint-Antoine ». Pourtant, dans « Requiem », c’est l’herpès qu’Antonio Tabucchi désigne sous ce même nom. Peut-être ne s’agit-il que d’un artifice pour mieux établir cette belle comparaison avec le remords : « C’est un virus tout à fait bizarre, dit le Peintre Copiste, il semble que nous le logions tous en nous à l’état larvaire mais il se manifeste lorsque les défenses de l’organisme se trouvent affaiblies, il attaque alors avec virulence, puis il se rendort et attaque à nouveau de façon cyclique, tenez je vais vous dire une chose, je crois que l’herpès ressemble un peu au remords, il reste endormi au fond de nous, un beau jour il se réveille et nous attaque, puis il se rendort, parce que nous avons réussi à le dompter, mais il reste toujours au fond de nous, il n’y a rien à faire contre le remords. » En tout cas, bel article. Merci pour ce partage d’informations concernant l’art et le patrimoine.

  2. Merci pour ce bel article. Quand vous dites ; « la chair torturée du Christ glorifie le mal qui brûle le corps des malades » ; à mon sens c’est plus exactement la douleur que l’artiste glorifie en tant qu’épreuve qui nous permet de nous transcender, tout comme le fit le Christ sur la croix pour racheter les péchés des hommes.

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