Le concours des portes du baptistère de Florence.

1401 est une des dates phares de l’histoire de l’art, dans la plupart des ouvrages  elle marque le début de la Renaissance en Italie.

Le concours est organisé par la corporation des marchands de laine (l’Arte di Calimala) qui veut faire une deuxième porte en bronze pour le baptistère Saint Jean de Florence. Le premier ensemble avait été réalisé par Andrea Pisano en 1330. Les commanditaires demandent aux sept candidats prétendant au chantier de effectuer un relief en bronze dans un cadre polylobé représentant le sacrifice d’Isaac.

Aujourd’hui seuls les médaillons de Lorenzo Ghiberti (1378ou 1381 Florence – 1455 idem) et Fillipo Brunelleschi (1377 Florence -1446 idem) sont conservés au Musée du Bargello à Florence.

 

Sacrifice d’Isaac par Ghiberti

Sacrifice d’Isaac par Brunelleschi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Evidemment les deux reliefs se ressemblent puisque le sujet et le cadre étaient imposés. Dans les deux cas nous retrouvons les cinq personnages, l’âne et le bélier mais l’impression rendue est différente.

Le panneau de Brunelleschi est violent, l’ange retient le bras d’Abraham juste avant que celui-ci enfonce le couteau dans la gorge d’Isaac. L’œuvre de Ghiberti est plus calme mais fourmille de détails : les rinceaux ornant l’autel, les broderies du vêtement du patriarche.

La forme du cadre est encore de tradition médiévale mais des éléments du relief eux sont tout à fait Renaissance. Sur le panneau de Ghiberti le torse d’Isaac est inspiré d’une œuvre antique tandis que le serviteur tirant une épine de son pied est un thème que l’on retrouve dans l’art grec.

C’est Lorenzo Ghiberti qui remporta le concours. La porte est constituée de deux vantaux, quatre colonnes de sept panneaux y sont déployées. A chaque intersection des reliefs nous voyons un petit buste en relief, l’un d’eux serait l’autoportrait de Ghiberti.

Le sculpteur mit vingt-deux ans pour réaliser la deuxième porte du baptistère  et une fois terminée on lui confia le chantier de la troisième et dernière porte de l’édifice. Cette commande lui assura une grande renommée tout au long de savie, mais aujourd’hui il est un peu oublié au profit de son adversaire.

Les photographies de la porte et des reliefs proviennent du site web gallery of art.

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Les panneaux peints du retable de Mathias Grünewald

Le retable d’Issenheim est un très grand polyptyque  réalisé vers 1510, pour le couvent des Antonins à Issenheim en Alsace, près de Colmar. Il est aujourd’hui conservé au musée Unterlinden de Colmar.

Le retable d’Issenheim vu fermé

L’ensemble a été réalisé en tilleul, les sculptures sont l’œuvre de Nicolas de Haguenau. Mais la polychromie du bois doit dater du XVIIIème siècle. Les peintures  résultent du travail de Mathias Grünewald qui a utilisé une technique mixte (tempera et huile). Le retable mesure un peu moins de 3 mètres de haut, fermé il représente une crucifixion encadrée par saint Sébastien et saint Antoine avec sur la prédelle (petit panneau sous la composition centrale) une mise au tombeau.  Pour la représentation intermédiaire, on voit de gauche à droite une annonciation, une nativité et une résurrection avec la même prédelle que pour le retable fermé. Le retable complètement ouvert montre 2 panneaux peints : la visite de saint Antoine à saint Paul et la tentation de saint Antoine et une partie sculptée représentant saint Augustin, saint Antoine au centre, et saint Jérôme, sur la prédelle également sculptée, nous voyons le Christ entouré des Apôtres.

Il s’agit d’une commande de Guy Guers, précepteur de l’ordre des Antonins.  Cette congrégation religieuse était connue pour les compétences médicales de ses moines. Parmi les innombrables épidémies et fièvres dont souffrait le monde médiéval, on trouve le mal des Ardents  appelé également le feu de saint Antoine, car les Antonins se consacraient au traitement de cette épidémie, actuellement cette maladie est connue sous le nom d’ergotisme. Ce mal présente d’horribles symptômes : picotements et fourmillements accompagnent des troubles sensoriels auxquels succèdent des accidents gangreneux liés à la vasoconstriction. Les membres noircissent, se détachent du corps. Cette affection frappe une grande partie de la population se nourrissant essentiellement de pain de seigle. Les années de disette, les grains trop précieux n’étaient pas triés même ceux touchés par l’ergot (un parasite de cette céréale) : le pain s’en trouvait contaminé.

Les pèlerins malades pouvaient voir le retable depuis la nef à travers le jubé, ou directement en s’introduisant dans le chœur.

La chair torturée du Christ glorifie le mal qui brûle le corps des malades, la présence de saint Antoine et de saint Sébastien fait naître l’espoir d’une guérison. Ce sont des saints protecteurs de la peste pour l’un du mal des ardents pour l’autre, deux des fléaux du Moyen Age.

Le panneau droit représente saint Antoine : la figure imposante est sur un piédestal traité en grisaille, il porte une crosse en forme de tau ce qui rappelle la forme des béquilles des malades amputés un monstre semble l’attaquer derrière la verrière.

Panneau droit du retable d’Issenheim

Le panneau droit représente saint Sébastien, son corps est transpercé de flèches.

Tous deux sont considérés comme des saints guérisseurs Antoine contre l’ergotisme et Sébastien de la peste.

Tout le retable concentre des scènes dramatiques ou étranges. La Crucifixion par exemple, avec son fond sombre fait ressortir les silhouettes de chacun des personnages. la Vierge, vêtue de blanc, s’évanouit dans les bras de saint Jean, Marie-Madeleine est tassée par la douleur. La chair du Christ est tourmentée, hérissée d’échardes, avec des plaies sanglantes. Saint Jean-Baptiste est également représenté avec à ses pieds un agneau saignant qui symbolise le sacrifice divin.

Dans la scène de l’Annonciation, le spectateur ne ressent pas l’intimité habituelle dans ce type de sujet, La Vierge paraît surprise par l’ange Gabriel qui lui a un air autoritaire.

Panneau central du retable d’Issenheim. Première ouverture

Le panneau central parait plus serein avec un concert d’anges et une nativité mais quand on observe certains personnages on y voit des anges au physique un peu particulier.

Détail du panneau central du retable. Première ouverture.

 

Saint Antoine  est un personnage récurrent dans l’iconographie  médiévale et les tentations de saint Antoine est particulier. Ce thème montre les inquiétudes de toute une société face à la tentation et l’enfer. Mais dans ce retable, Mathias Grünewald a choisi de montrer les peurs de ses contemporains face à la maladie. Le culte de saint Antoine déclina à partir du XVIIe, siècle à partir duquel les épidémies d’ergotisme se font de plus en plus rares. Rosine a remplacé Antoine le 17 janvier mais peut-être que certains d’entre vous se souviennent des petits cochons en pâte d’amande que l’on trouvait chez les pâtissiers le premier mois de l’année, ils étaient fait en hommage au saint guérisseur.

Pour voir le retable complet exposé au musée Unterlinden, c’est par ici .

Toutes les photos de l’article proviennent du site Web Gallery of Art

 

Saint Jean-Baptiste part se faire une beauté

Après Sainte-Anne, la Vierge et l’Enfant en 2011-2012, la Belle Ferronnière  en 2014-2015, c’est autour de Saint Jean-Baptiste de quitter les salles d’exposition du Louvre pour les ateliers du Centre de recherche et de restauration des musées de France.

Le tableau va être nettoyé, les restaurateurs vont essayer avant tout de retirer les couches superflues de vernis qui oxydent la surface de l’œuvre et empêchent de voir les détails. Ainsi la croix, la peau de bête et même les cheveux sont quasiment devenus invisibles.
Le tableau sera donc absent des cimaises du Louvre jusqu’à une date indéterminée. Sébastien Allard, directeur du département des peintures du musée,  rappelle qu’on ne connait pas le temps que nécessitera une restauration avant de l’avoir vraiment commencée.
Le panneau a été très étudié en amont et parait sain mais une mauvaise surprise est toujours possible.
Photographie provenant du site du musée du Louvre http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=13846

Les Ambassadeurs de Hans Holbein le jeune

Double portrait de Jean de Dinteville et Georges de Selve dit les Ambassadeurs peint en 1533 par Hans Holbein le Jeune (1497 ou 1498 Augsburrg (sud de l’Allemagne) – 1543 Londres). Cette huile sur chêne de grande taille (207 cm par 209 cm) est conservée à la National Gallery de Londres. L’œuvre est signée et datée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier regard, le spectateur voit dans cette œuvre seulement un portrait d’apparat de Jean de Dinteville l’ambassadeur de François Ier à Londres auprès d’Henri VIII (à gauche) et Georges de Selve l’évêque de Lavaur dans le Tarn (à droite) : les deux français sont représentés en pied, grandeur nature, richement vêtus, ils sont accoudés presque symétriquement à une étagère recouverte d’un tapis persan et d’objets scientifiques et d’instruments de musique, signes d’une culture très poussée. Le mur du fond est caché par une draperie verte.
Une étude plus attentive de la peinture montre une représentation beaucoup plus complexe. Sur le rayon supérieur du meuble sont placés une sphère céleste, un cadran cylindrique (sorte de calendrier donnant, ici, la date du 11 avril 1533 (un Vendredi saint), un cadran polyédrique (à dix faces), un turquet. Tous sont des instruments de mesures astronomiques.
Sur la tablette inférieure, nous voyons un globe terrestre, un livre de mathématique ouvert sur une page consacrée à la division, un compas, un luth à onze cordes dont une est cassée, un recueil de cantiques de Luther et des flutes.
Le sol reprend le pavement de l’abbaye de Westminster et au centre de ce décor un étrange motif a été peint par Holbein : c’est l’anamorphose d’un crâne humain très réaliste quand le spectateur regarde le tableau à partir du côté droit.

détail de l’anamorphose vue sous l’angle qui supprime la déformation

Plusieurs éléments rappellent la mort dans ce tableau en plus de l’anamorphose, la corde cassée du luth, la broche du béret de l’ambassadeur (là il va falloir me croire sur parole) et le crucifix en haut à gauche. Ce thème annonce les natures mortes du XVIIe siècle qu’on nomme les « Vanités ».

Ce panneau évoque également la mission diplomatique du commanditaire : Jean de Dinteville est envoyé par le roi de France à Londres auprès d’Henri VIII pour lui proposer une alliance contre Charles Quint. C’est sûrement pour cette raison que nous voyons des allusions à la Réforme (le livre de cantiques) à la jeune Eglise anglicane (le pavement de Westminster) présentées dans un portrait de deux catholiques.

Cette œuvre est un véritable programme iconographique et parle à la fois du contexte politique et culturel de la Renaissance.

Illustrations : Wikipedia

Cléobis et Biton par Polymédès d’Argos

Cléobis et Biton de Polymédès d’Argos sont deux sculptures quasiment identiques en marbre de Paros. Elles mesurent presque 2 mètres de haut. Elles datent des environs de 580 avant notre ère et sont conservées aujourd’hui au musée de Delphes (Grèce).

File:Ac.kleobisandbiton.jpg

Cléobis et Biton, Musée archéologique de Delphes

Ces statues  figurent deux jeunes hommes nus portant seulement de petites bottes. Ils sont représentés de face dans l’attitude de la marche. Mais le corps est encore  schématique : une accolade dessine la cage thoracique, la position des bras n’est pas tenable et les genoux semblent à peine esquissés. La chevelure tressée rappelle celle de la Dame d’Auxerre. Leur visage s’éclaire du sourire caractéristique de l’art archaïque grec.Sur les socles, une inscription fragmentaire mentionne le nom du sculpteur et le lieu de la réalisation.

La légende raconte que lors d’une procession Cléobis et Biton tirèrent l’attelage de leur mère, prêtresse d’Héra, à Argos, à la place des bœufs. Elle pria alors la déesse d’accorder à ses fils la plus grande faveur que puisse souhaiter  un homme : ils s’endormirent dans le temple pour ne plus se réveiller.

Toutefois, une autre identification a été avancée par des archéologues qui pensent que ces œuvres pourraient être Castor et Pollux, les Dioscures (frères d’Hélène de Troie)

Ces statues faites à Argos ont été déposées à Delphes. Les grecs voyaient cette ville comme le centre du monde. c’est là que siégeait la Pythie, prophétesse  d’Apollon. Son oracle fut le plus important du monde égéen  de la fin du VIIIe    siècle avant J.-C. au IVe siècle après J.-C.  Depuis le règne autoritaire de Phidon au VIIe siècle avant notre ère, la cité d’Argos était tenue à l’écart de la ligue du Péloponnèse. Ce don des argiens doit être vu comme un message politique évoquant la piété et le courage de ses habitants.

Durant toute l’Antiquité, l’art pour l’art n’existe pas. Une œuvre a un but précis : honorer un dieu, la mémoire d’un défunt ou faire passer un message… Cléobis et Biton en sont un bel exemple. Ces statues caractéristiques de l’art archaïque avaient à l’origine une visée politique aujourd’hui un peu oubliée.

Illustration : Demos pour Wikipedia

La Vision après le sermon de Paul Gauguin

La Vision après le sermon de Paul Gauguin (Paris 1848- Iles Marquises 1903) est une huile sur toile peinte en 1888. Elle mesure 73cm par 92, elle est conservée aujourd’hui à la National Galery of Scotland d’Edinburg.

Après un premier séjour en Martinique, Paul Gauguin revient en Bretagne. Très impressionné par le tableau d’Emile Bernard Les Bretonnes dans la prairie (une œuvre sans perspective et sans modelé) aujourd’hui dans une collection particulière, Gauguin s’en inspirera pour réaliser La Vision après le sermon.

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Des paysannes bretonnes « voient » le sujet du sermon du curé de Pont-Aven: la parabole de la lutte de Jacob et de l’ange. Au premier plan, nous voyons ces femmes et le prêtre en prière séparés seulement de la scène biblique par une branche de pommier. La représentation des personnages est simplifiée, les visages sans expression. Le peintre a mélangé le profane et le sacré dans un même espace. De plus, certaines couleurs sont arbitraires comme le rouge du pré.

Le thème religieux choisi par Gauguin pour ce tableau est complexe, il a sûrement voulu représenter la lutte intérieure de l’homme, il suit la description du passage de la Genèse( chapitre 32) sur sa toile.

L’artiste avait prévu cette huile pour l’église de Pont-Aven, mais elle sera refusée par le curé de la paroisse tout comme par celui de Nizon (village proche). Gauguin en fut très déçu, il pensait pourtant avoir bien rendu le contexte local en peignant les coiffes, la lutte bretonne avec la vache comme prix pour le vainqueur.

Ce tableau a marqué la rupture de Gauguin avec le naturalisme et l’impressionnisme et lui a offert une place de chef de file d’un mouvement qui deviendra le symbolisme.

La grande Odalisque d’Ingres

La grande Odalisque de Jean-Auguste  Dominique Ingres (Montauban1780 – Paris 1867) est une huile sur toile peinte à Rome en 1814. Elle mesure 0,91m de haut par 1,62m de large et est conservée au Musée du Louvre.

Ce tableau fut commandé par Caroline Murat (sœur de Napoléon) alors reine de Naples. Il représente une femme de harem nue, allongée sur un divan, vue de dos, le visage tourné vers le spectateur. La courbure du dos, les hanches larges rendent ce nu très sensuel pourtant des détails anatomiques sont impossibles sur un corps humain réel comme le dos qui compte des vertèbres en trop et le bras exagérément long. Cette toile fut d’ailleurs incomprise par les critiques lors de son exposition au Salon de 1819.

L’Orient est suggéré par le turban de la jeune femme, les bijoux et l’éventail posé sur le divan. Ce thème revient fréquemment dans l’œuvre d’Ingres : la Baigneuse Valpinçon, l’Odalisque à l’esclave et le très connu Bain turc et influencera des élèves du maître comme Théodore Chassériau (1819-1856).

La peinture de la Renaissance et le thème du nu mythologique ont également influencé l’artiste dans cette œuvre.

Ce tableau est caractéristique de la carrière de ce peintre : nu féminin, orientalisme mais pour moi c’est dans le domaine du portrait où Ingres excella mais je vous en parlerai dans un prochain article.

Illustration : web gallery of art