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Ugolin est une œuvre de Jean-Baptiste Carpeaux (11 mai 1827 Valenciennes- 12 octobre 1875 Courbevoie). Il existe plusieurs versions de ce groupe dans différents matériaux.  Ce bronze conservé au Musée d’Orsay a été fondu en 1862. Il mesure 194 cm de haut pour 148 cm de large.  Le Metropolitan Museum of New York conserve un marbre de taille identique. Tandis que le petit Palais et le musée de Valenciennes ont dans leurs collections des plâtres.

Ugolin de Jean-Baptiste Carpeaux conservé au Musée d’Orsay

La sculpture s’inspire du chant 33 de l’Enfer,  la première partie de la Divine Comédie de Dante. C’est le passage ou le poète florentin accompagné de Virgile rencontre Ugolin della Gherardesca, qui avait trahi le parti des Gibelins (favorables à l’Empereur pour rejoindre celui des Guelfes (soutiens du Pape)  puis instaura une tyrannie dans sa ville. Son rival, l’archevêque Ubaldini le fit enfermer dans un donjon avec ses fils et petit-fils pour y mourir de faim. Avant de succomber, Ugolin mangea sa descendance.

Le père est figuré assis au centre de la composition, ses enfants à ses pieds. La douleur et l’angoisse se lisent dans son attitude : il se mange les doigts, son visage est crispé, ses pieds recroquevillés. Les quatre garçons sont à l’agonie, dans des positions certes contorsionnées mais tellement expressives. Chacun représente une étape vers la mort

La composition de l’œuvre très compacte rajoute à l’impression de peur de terrassement.

Dans la représentation des corps, le spectateur peut voir que Carpeaux s’est inspiré de sculptures antiques comme le Laocoon ou des chefs d’œuvres de Michel –Ange comme les Esclaves conservés au Musée du Louvre.

L’élaboration première de ce groupe a été réalisée en Italie où Carpeaux était élève après avoir remporté le Prix de Rome, il s’agit de son dernier travail en tant qu’étudiant à l’Ecole Française de Rome. Mais le thème devait comporter une ou deux figures et le sujet tiré de l’histoire antique ou de la Bible. L’œuvre fut donc refusée et une bataille s’en suivi entre l’administration de l’école et l’artiste. Ugolin fut terminé une fois que Carpeaux termina son séjour à l’Académie grâce au soutien de mécènes.

L’œuvre de Jean-Baptiste Carpeaux est inclassable, l’ensemble de son travail est  un pont entre le romantisme par le choix de ses sujets et le naturalisme par son traitement réaliste.

La photographie provient du site Web Gallery of Art

Le retable d’Issenheim est un très grand polyptyque  réalisé vers 1510, pour le couvent des Antonins à Issenheim en Alsace, près de Colmar. Il est aujourd’hui conservé au musée Unterlinden de Colmar.

Le retable d’Issenheim vu fermé

L’ensemble a été réalisé en tilleul, les sculptures sont l’œuvre de Nicolas de Haguenau. Mais la polychromie du bois doit dater du XVIIIème siècle. Les peintures  résultent du travail de Mathias Grünewald qui a utilisé une technique mixte (tempera et huile). Le retable mesure un peu moins de 3 mètres de haut, fermé il représente une crucifixion encadrée par saint Sébastien et saint Antoine avec sur la prédelle (petit panneau sous la composition centrale) une mise au tombeau.  Pour la représentation intermédiaire, on voit de gauche à droite une annonciation, une nativité et une résurrection avec la même prédelle que pour le retable fermé. Le retable complètement ouvert montre 2 panneaux peints : la visite de saint Antoine à saint Paul et la tentation de saint Antoine et une partie sculptée représentant saint Augustin, saint Antoine au centre, et saint Jérôme, sur la prédelle également sculptée, nous voyons le Christ entouré des Apôtres.

Il s’agit d’une commande de Guy Guers, précepteur de l’ordre des Antonins.  Cette congrégation religieuse était connue pour les compétences médicales de ses moines. Parmi les innombrables épidémies et fièvres dont souffrait le monde médiéval, on trouve le mal des Ardents  appelé également le feu de saint Antoine, car les Antonins se consacraient au traitement de cette épidémie, actuellement cette maladie est connue sous le nom d’ergotisme. Ce mal présente d’horribles symptômes : picotements et fourmillements accompagnent des troubles sensoriels auxquels succèdent des accidents gangreneux liés à la vasoconstriction. Les membres noircissent, se détachent du corps. Cette affection frappe une grande partie de la population se nourrissant essentiellement de pain de seigle. Les années de disette, les grains trop précieux n’étaient pas triés même ceux touchés par l’ergot (un parasite de cette céréale) : le pain s’en trouvait contaminé.

Les pèlerins malades pouvaient voir le retable depuis la nef à travers le jubé, ou directement en s’introduisant dans le chœur.

La chair torturée du Christ glorifie le mal qui brûle le corps des malades, la présence de saint Antoine et de saint Sébastien fait naître l’espoir d’une guérison. Ce sont des saints protecteurs de la peste pour l’un du mal des ardents pour l’autre, deux des fléaux du Moyen Age.

Le panneau droit représente saint Antoine : la figure imposante est sur un piédestal traité en grisaille, il porte une crosse en forme de tau ce qui rappelle la forme des béquilles des malades amputés un monstre semble l’attaquer derrière la verrière.

Panneau droit du retable d’Issenheim

Le panneau droit représente saint Sébastien, son corps est transpercé de flèches.

Tous deux sont considérés comme des saints guérisseurs Antoine contre l’ergotisme et Sébastien de la peste.

Tout le retable concentre des scènes dramatiques ou étranges. La Crucifixion par exemple, avec son fond sombre fait ressortir les silhouettes de chacun des personnages. la Vierge, vêtue de blanc, s’évanouit dans les bras de saint Jean, Marie-Madeleine est tassée par la douleur. La chair du Christ est tourmentée, hérissée d’échardes, avec des plaies sanglantes. Saint Jean-Baptiste est également représenté avec à ses pieds un agneau saignant qui symbolise le sacrifice divin.

Dans la scène de l’Annonciation, le spectateur ne ressent pas l’intimité habituelle dans ce type de sujet, La Vierge paraît surprise par l’ange Gabriel qui lui a un air autoritaire.

Panneau central du retable d’Issenheim. Première ouverture

Le panneau central parait plus serein avec un concert d’anges et une nativité mais quand on observe certains personnages on y voit des anges au physique un peu particulier.

Détail du panneau central du retable. Première ouverture.

 

Saint Antoine  est un personnage récurrent dans l’iconographie  médiévale et les tentations de saint Antoine est particulier. Ce thème montre les inquiétudes de toute une société face à la tentation et l’enfer. Mais dans ce retable, Mathias Grünewald a choisi de montrer les peurs de ses contemporains face à la maladie. Le culte de saint Antoine déclina à partir du XVIIe, siècle à partir duquel les épidémies d’ergotisme se font de plus en plus rares. Rosine a remplacé Antoine le 17 janvier mais peut-être que certains d’entre vous se souviennent des petits cochons en pâte d’amande que l’on trouvait chez les pâtissiers le premier mois de l’année, ils étaient fait en hommage au saint guérisseur.

Pour voir le retable complet exposé au musée Unterlinden, c’est par ici .

Toutes les photos de l’article proviennent du site Web Gallery of Art

 

L’Automne est une huile sur toile du peintre Guiseppe Arcimboldo (vers 1527 à Milan -1593 idem) conservée au musée du Louvre. Ce tableau mesure 76 cm de haut par 63.5 cm de large et est daté de 1573.

Sur un tonneau éclaté sont disposés des fruits et des légumes d’automne de manière à donner l’aspect d’un visage masculin de profil. J’ai compté environ 25 variétés végétales différentes : raisin, pommes, poires, mure, châtaigne, courge, céréales, nèfle, pomme de terre… Le peintre représente une nature encore généreuse même si l’on peut voir une légère lueur d’inquiétude dans le regard du personnage.

Pendant longtemps, Arcimboldo a été vu comme un peintre de bizarreries réservées à orner les cabinets de curiosité pourtant elles délivrent un message plus complexe.

En effet, ce tableau appartient à une série de quatre toiles représentant les saisons (toutes au Louvre), c’est le deuxième ensemble peint par Arcimboldo sur ce thème. Il avait offert le premier à l’empereur Ferdinand 1er son mécène (conservé en partie au Kunsthistoriches Museum de Vienne). Dans ce cas présent, il s’agit d’une commande de Maximilien II et offerte ensuite comme cadeau à l’électeur  Auguste de Saxe (un protestant) dans le contexte difficile des guerres de religion. Ici, le message est que malgré le temps qui passe la Maison des Habsbourg perdure et est immuable comme le cycle des saisons.

Il s’agit là d’un cadeau prestigieux et typique du goût de la fin de la Renaissance qui voit l’éclosion des cabinets de curiosités. Cette période de grands voyages et de découvertes de territoires inconnus amenèrent le goût de collectionner des objets exotiques offrant un condensé du monde tant végétal, minéral que scientifique.

Apprécié par les plus grands mécènes, copié de son vivant, Arcimboldo va progressivement être oublié, il sera redécouvert par les surréalistes. Il souffrira pendant longtemps d’être vu seulement comme un peintre étrange alors qu’il est le précurseur des natures mortes et ses œuvres délivrent un message complexe allant bien au-delà de la simple caricature.

L’image provient du site web gallery of art : http://www.wga.hu/art/a/arcimbol/3allegor/2seaso3.jpg

Pour en savoir plus sur les cabinets de curiosité, vous pouvez consulter le site Curiositas qui a pour sujet les cabinets de curiosité en Europe : http://curiositas.org/

L’année 2016 marque les 500 ans de la mort du peintre hollandais Jérôme Bosch (né vers 1450-mort en 1516).
Pour commémorer l’évènement deux importantes expositions sont organisées l’ une à dans la ville natale de l’artiste Bois-le-Duc (avec de nombreuses autres animations) et l’autre au musée du Prado.

Cet anniversaire a été l’occasion de plusieurs avancées dans la connaissance de l’œuvre de cet artiste à l’imaginaire foisonnant.
Ainsi les restaurations menées entre 2013 et 2015 par madame Agnès Malpel du centre de recherche et de restauration des musées de France sur le tableau intitulé la Nef des fous (article que j’ai écrit il y a 3 ans)  ont permis de confirmer l’hypothèse selon laquelle ce panneau appartenait à une œuvre plus importante évoquant des péchés capitaux . L’autre moitié de la Nef des fous est un tableau conservé à Yale University Art Gallery de New Haven, l’ensemble évoquerait la gourmandise et la luxure.

La Nef des fous de Jérôme Bosch conservée au Musée du Louvre

De plus le Bosch Research and Conservation Project (BRCP) a attribué une nouvelle œuvre à Jérôme Bosch : une Tentation de saint Antoine conservée au musée de Kansas City . Là aussi, il s’agit d’une huile sur bois appartenant vraisemblablement à un panneau plus important et qui a été découpé à une date inconnue.

Ce peintre hors-norme méritait bien une telle rétrospective.

Pour en savoir plus : http://info.arte.tv/fr/la-renaissance-de-jerome-bosch http://www.telerama.fr/scenes/la-tentation-de-saint-anoine-jerome-bosch-pour-une-toile-de-plus,137838.php

La photographie de la Nef des fous provient du site Web Gallery of Art : http://www.wga.hu/art/b/bosch/5panels/11shipfo.jpg

 

 

 

La Toilette d’Esther

La toilette d’Esther est une huile sur toile peinte par Théodore Chassériau (1819 Saint-Domingue – 1856 Paris) en 1841. Ce petit tableau (45.5 cm par 35.5 cm) est conservé au Louvre depuis 1934 à la suite du legs de la collection du baron Arthur Chassériau.

esther

La Toilette d’Esther par Théodore Chassériau, Musée du Louvre

Au premier plan, se trouve Esther assise à demi-nue entourée d’une servante et d’un eunuque. La jeune femme se coiffe dans une pose sensuelle. Son attitude n’est pas très naturelle et rappelle que Chassériau était un élève d’Ingres qui utilisait lui aussi des poses non anatomiques pour privilégier le dessin (voir l’article sur La grande odalisque).
Mais contrairement à son maitre le jeune peintre (il a seulement 22 ans au moment de la réalisation de cette œuvre) accorde beaucoup d’importance à la couleur comme le montre l’étoffe qui recouvre les jambes de l’héroïne ou l’aspect des bijoux. Cela donne un aspect raffiné au tableau.
Le cadrage serré (les personnages secondaires sont coupés) et l’absence de profondeur donnent l’impression d’une scène chargée.

L’artiste figure un épisode biblique tiré du livre d’Esther rarement illustré par les peintres. La jeune juive se prépare à rencontrer pour la première fois le roi perse Assuérus (ou Xérès) qui cherchait une nouvelle épouse parmi les plus belles femmes de son royaume. Les artistes préféraient représenter le moment où elle plaide la cause du peuple juif.
Le choix d’un tel sujet religieux permettait à Théodore Chassériau de contourner la censure et de présenter au Salon un nu féminin dégageant un fort érotisme.

Ce tableau évoque par la peau de tigre utilisée comme tapis, la servante voilée également le goût de l’Orient un courant très à la mode chez les artistes du XIXe siècle. L’Orientalisme se retrouvait dans de nombreux domaines artistiques et décoratifs comme la peinture mais aussi la littérature comme le montrent Salammbô de Flaubert, les voyages de Pierre Loti ou en arts décoratifs avec les travaux du verrier Philippe-Joseph Brocard (1831-1896).

L’œuvre sera très critiquée par les contemporains de Chassériau car ils trouvaient étrange l’atmosphère qui s’en dégage. D’ailleurs, c’est un artiste qui ne sera pas reconnu à sa juste valeur car perçu à la fois comme élève d’Ingres et suiveur de Delacroix. Pourtant, c’est un peintre inclassable qui mérite une plus grande notoriété.

La photographie provient du site Web Gallery of Art http://www.wga.hu/support/viewer/z.html

Après Sainte-Anne, la Vierge et l’Enfant en 2011-2012, la Belle Ferronnière  en 2014-2015, c’est autour de Saint Jean-Baptiste de quitter les salles d’exposition du Louvre pour les ateliers du Centre de recherche et de restauration des musées de France.

Le tableau va être nettoyé, les restaurateurs vont essayer avant tout de retirer les couches superflues de vernis qui oxydent la surface de l’œuvre et empêchent de voir les détails. Ainsi la croix, la peau de bête et même les cheveux sont quasiment devenus invisibles.
Le tableau sera donc absent des cimaises du Louvre jusqu’à une date indéterminée. Sébastien Allard, directeur du département des peintures du musée,  rappelle qu’on ne connait pas le temps que nécessitera une restauration avant de l’avoir vraiment commencée.
Le panneau a été très étudié en amont et parait sain mais une mauvaise surprise est toujours possible.
Photographie provenant du site du musée du Louvre http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=13846

Le prince aux fleurs de lys

La fresque intitulée le Prince aux fleurs de lys a été découverte en 1901 par l’archéologue anglais Arthur Evans (1851-1941) dans l’aile sud-ouest du palais de Cnossos en Crête. Elle date de l’âge du bronze récent (1600-1050) et appartient à la civilisation minoenne. Cette peinture mesure un peu plus de 2m de haut. Elle est conservée aujourd’hui au musée d’Héraklion.

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Fresque dite du prince aux fleurs de lys

Sir Arthur Evans est souvent considéré comme le découvreur de la civilisation minoenne qui s’est développée en Crête entre 2 700 et 1200 avant J-C.
Cette œuvre en stuc peinte avec un léger modelé représente un homme semblant appartenir à une procession, il se détache d’un fond sombre selon les conventions picturales égyptiennes (c’est-à-dire le visage et les membres inférieurs vus de profil et le torse de face). Sa coiffure se compose de plumes de paon et de fleurs de lys. Sa chevelure est sombre, il porte une ceinture étroite et un petit pagne. Sans doute tenait-il un animal au bout d’une corde.
Cette fresque a été restaurée et reconstitué dans les premières décennies du XXe siècle par Emile Gilliéron (un artiste suisse) puis par son fils Edouard.

Très vite cette reconstitution fut critiquée par des archéologues car dans ses carnets de fouilles Arthur Evans parle de la découverte de fragments appartenant à trois fresques différentes. Aucun prince dans l’iconographie minoenne ne porte ce type de coiffure qui semble avoir été réservé aux déesses et aux griffons. De plus la pigmentation claire de la peau était réservée à la représentation des corps féminins tandis que les hommes étaient rouge brique. Enfin, la jonction entre les différents fragments parait aléatoire.

Aujourd’hui, la plupart des scientifiques s’accordent sur le fait que la fresque du prince aux fleurs de lys est un faux archéologique mais au début du XXe siècle cette reconstitution a eu le mérite de participer à la connaissance de la civilisation minoenne jusqu’alors inconnue.

Photographie provenant du site La Grèce antique http://jfbradu.free.fr/GRECEANTIQUE/CRETE/CNOSSOS/CNOSSOS.php3