Le prince aux fleurs de lys

La fresque intitulée le Prince aux fleurs de lys a été découverte en 1901 par l’archéologue anglais Arthur Evans (1851-1941) dans l’aile sud-ouest du palais de Cnossos en Crête. Elle date de l’âge du bronze récent (1600-1050) et appartient à la civilisation minoenne. Cette peinture mesure un peu plus de 2m de haut. Elle est conservée aujourd’hui au musée d’Héraklion.

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Fresque dite du prince aux fleurs de lys

Sir Arthur Evans est souvent considéré comme le découvreur de la civilisation minoenne qui s’est développée en Crête entre 2 700 et 1200 avant J-C.
Cette œuvre en stuc peinte avec un léger modelé représente un homme semblant appartenir à une procession, il se détache d’un fond sombre selon les conventions picturales égyptiennes (c’est-à-dire le visage et les membres inférieurs vus de profil et le torse de face). Sa coiffure se compose de plumes de paon et de fleurs de lys. Sa chevelure est sombre, il porte une ceinture étroite et un petit pagne. Sans doute tenait-il un animal au bout d’une corde.
Cette fresque a été restaurée et reconstitué dans les premières décennies du XXe siècle par Emile Gilliéron (un artiste suisse) puis par son fils Edouard.

Très vite cette reconstitution fut critiquée par des archéologues car dans ses carnets de fouilles Arthur Evans parle de la découverte de fragments appartenant à trois fresques différentes. Aucun prince dans l’iconographie minoenne ne porte ce type de coiffure qui semble avoir été réservé aux déesses et aux griffons. De plus la pigmentation claire de la peau était réservée à la représentation des corps féminins tandis que les hommes étaient rouge brique. Enfin, la jonction entre les différents fragments parait aléatoire.

Aujourd’hui, la plupart des scientifiques s’accordent sur le fait que la fresque du prince aux fleurs de lys est un faux archéologique mais au début du XXe siècle cette reconstitution a eu le mérite de participer à la connaissance de la civilisation minoenne jusqu’alors inconnue.

Photographie provenant du site La Grèce antique http://jfbradu.free.fr/GRECEANTIQUE/CRETE/CNOSSOS/CNOSSOS.php3

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La sculpture grecque antique ce n’est pas compliqué !

Aujourd’hui, je vais vous expliquer comment les sculpteurs grecs ont réussi à conquérir la représentation du corps humain et marquer l’art occidental.
Les artistes grecs ont créé un art centré sur l’homme contrastant ainsi avec les autres civilisations antiques qui l’ont précédée, toutes tournées vers un divin inaccessible.
Mais chez les Grecs, le besoin d’obtenir les faveurs de dieux difficiles et capricieux est prédominant. Chaque cité essaie donc de s’attirer la protection des dieux et cela entraine un esprit de compétition qui était le moteur essentiel de la société grecque et pousse les artistes à des évolutions constantes. Ainsi en moins de sept siècles, les figures schématiques de l’art géométrique vont se métamorphoser en Vénus de Milo et Apollon du Belvédère et marquer l’art occidental.

Avec l’époque archaïque (620-480), les sculpteurs passent de la statuette à la statue, du calcaire au marbre. Deux types statuaires voient le jour et seront présents jusqu’aux derniers temps de l’art grec : le jeune homme (« kouros » en grec) nu et la jeune fille (« koré ») habillée. Ils offrent des sujets d’étude pour le placement des muscles sur le squelette et celui des plis du vêtement sue le corps.

Le type du kouros a été emprunté à l’Egypte : jeune homme debout dans une attitude strictement frontale, la jambe gauche en avant, le bras le long du corps. Cependant la nudité est assez exceptionnelle dans l’art égyptien tandis que dans le monde grec elle est tout à fait spécifique du mode de vie. En effet, les sports se pratiquaient nu, notamment lors des jeux opposant les différentes cités comme à Olympie. Pour les Grecs, représenter la nudité revenait à affirmer leur identité et à démontrer leur degré de civilisation.
Les kouroi marquent en général l’emplacement des tombes, on en retrouvait également dans les sanctuaires en particulier ceux d’Apollon.
Cléobis et Biton sont un bel exemple de kouroi de l’époque archaïque, tout comme le cavalier Rampin

Les korés sont avant tout des sculptures que l’on retrouvait dans les sanctuaires, elles étaient les servantes des déesses comme la statue appelée la Koré de Samos.

Le classicisme commence vers 480 avant Jésus-Christ et se prolonge jusqu’en 330.
Le Ve siècle avant Jésus-Christ est une période d’inquiétude pour les Grecs marquée par la menace perse (490 victoire de Marathon, 480 sac d’Athènes par les Perses, 430 épidémie de peste).
Les plus belles statues de cette époque étaient en bronze mais il nous reste très peu d’originaux, les sculptures en métal étaient souvent fondues.
-guerriers de Riace

Les Guerriers de Riace (bronze, milieu du Ve siècle av. J-C, musée national Reggio de Calabre)

Nous connaissons la sculpture grecque de cette période grâce aux copies romaines en marbre, mais le marbre n’a pas l’élasticité du bronze ce qui explique la présence de support, d’étai sur les œuvres.
-Le Discobole : réplique romaine en bronze d’une statue en bronze

Discobole Lancellotti, copie romaine de l’œuvre de Myron, vers 120 ap. J.-C., palais Massimo alle Terme

Nous savons que, vers 440-430 avant J-C, le sculpteur Polyclète d’Argos, s’interroge sur le rendu de la beauté idéale qu’il définit dans un ouvrage disparu le Canon. Tout juste conserve-t-on une phrase disant que la beauté résulte d’un calcul subtil de nombres ! Polyclète mit au point un système de proportions : la hauteur de la tête est un septième de celle du corps entier et de mouvements alternées : les épaules et les hanches qui donnent l’impression de l’allure nature d’un corps musclé au repos. Le rythme est construit autour d’un grand X (la lettre chi en grec et qui se prononce ki) qui donne le mot « chiasme » que l’on nomme parfois du terme italien « contraposto ».
Le Doryphore et le Diadumène sont des exemples très connus des recherches de Polyclète.

En 430 avant J.-C., une peste ravage Athènes puis les cités grecques s’affrontent dans les guerres du Péloponnèse. Une grave crise morale s’ensuit : on s’interroge sur ces dieux qui permettent de tels malheurs. Comme pour oublier les désastres du temps, les artistes semblent rechercher la douceur féminine et la grâce.
Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté, grandit en importance. Le corps féminin se dénude peu à peu et la nudité n’est plus réservée aux courtisanes des vases de banquets avec par exemple la Vénus Génitrix.

La fin de la période classique est marquée par deux sculpteurs exceptionnels :
-Praxitèle qui cherche à exalter le corps féminin et celui des éphèbes, il travaille autant le marbre que le bronze. Il est l’auteur de l’Aphrodite de Cnide et de l’Apollon Sauroctone.

Aphrodite Braschi, statue du type de l’Aphrodite de Cnide, Glyptothèque de Munich

-Lysippe, contemporain de Praxitèle et portraitiste officiel d’Alexandre le Grand, préfère le bronze. Il allonge le canon de Polyclète (la tête représente un huitième de la hauteur du corps). Il intègre ses œuvres dans la profondeur, désormais on éprouve le besoin de tourner autour de la sculpture. Il est l’auteur du portrait en buste d’Alexandre dit Hermès Azzara. Le souverain est représenté d’une manière réaliste (il ressemble à la représentation du jeune empereur sur la mosaïque de la « maison du faune » à Pompéi figurant la bataille entre les armées grecques et les soldats perses). Mais la sculpture montre l’image conventionnelle du chef : visage large, regard pénétrant, mâchoire forte… De plus, le portrait se développera beaucoup à la suite de l’éclatement de l’empire d’Alexandre en royaume indépendants, les successeurs du Macédonien voulant marquer leur dynastie en individualisant leur image. L’esprit de l’art grec va se modifier au cours de ce qu’on appelle la période hellénistique.

Portrait d’Alexandre le Grand dit Hermès Azzara, copie romaine d’une œuvre de Lysippe, conservée au musée du Louvre

L’art hellénistique (330-30)
Outre la production de portraits, cette période artistique est marquée par le balancement entre le baroque et le classicisme. Le courant baroque ou théâtral caractérisé par la Victoire de Samothrace l’influence classique se retrouve dans la Vénus de Milo.
Au cours de ce cycle, les artistes grecs vont représenter les émotions des protagonistes par exemple dans Marsyas supplicié, les étrangers : les Gaulois ou Galates vont devenir un sujet apprécié ainsi que tout ce qui est bizarre comme nous pouvons le voir dans la sculpture de l’Hermaphrodite.
Le style grec continuera d’exister dans l’art romain mais aussi jusqu’à nos jours car il influencera fortement tous les artistes jusqu’à la fin du XXe siècle.
Pour résumer cet exposé, les artistes grecs ont cherché dans un premier temps à reproduire l’anatomie c’est la période archaïque puis ils ont voulu représenter le mouvement c’est l’époque classique enfin vient l’art hellénistique les sculpteurs vont chercher à figurer l’émotion.

Toutes les illustrations proviennent de Wikipedia

Aphrodite dite Vénus Génitrix

Aphrodite dite Vénus Génétrix est un des chefs d’œuvre du département des sculptures antiques du Musée du Louvre. Cette ronde-bosse en marbre de Paros est la copie romaine d’un bronze de Callimaque (un sculpteur athénien de la fin du Ve siècle après J.-C.). Elle mesure 1.64m de haut.


La déesse semble sortir de son bain, d’une main elle ramène son vêtement, de l’autre elle tient la pomme de Pâris. Le drapé mouillé met en valeur son corps bien plus qu’il ne le cache. L’inclinaison de la tête rend la déesse plus humaine ainsi elle paraît se pencher avec bienveillance vers le fidèle. La fin du Ve siècle avant Jésus-Christ est pour les Athéniens une période de doute à cause des épidémies de peste et de la guerre du Péloponnèse qui oppose les cités grecques entre elles. Les hellènes ont besoin de dieux qui leur ressemblent. C’est la première fois que l’on voit le sein d’une déesse, la nudité féminine était réservée à la courtisane des vases de banquet.
Mais encore une fois le visage est intemporel, impassible et seuls la chevelure et l’ajout de bijoux (les lobes d’oreilles sont percés) le rendent féminin.
Callimaque s’est inspiré des travaux de Polyclète : la jambe fléchie est en arrière et repose sur la pointe du pied, cette attitude crée du mouvement et une tridimensionnalité nouvelle. De plus ce déplacement se répercute dans le reste du corps : la ligne des hanches et celle des épaules sont inversées.

Cette sculpture faisait partie des collections royales et a été longtemps exposée dans les jardins des Tuileries puis de Versailles. En 1803, elle fut saisie et intégrée dans les collections du Louvre.

Illustration : wikipédia

La koré de Samos

Cette sculpture en marbre, conservée au musée du Louvre,  représente une koré c’est à dire une jeune fille. Elle provient du sanctuaire d’Héra dans  l’île de Samos où elle fut découverte en 1875. Elle mesure 2 m de haut et les historiens situent sa création vers 570-560 avant Jésus-Christ. L’artiste est resté, comme souvent, anonyme.

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Koré de Samos conservée au Musée du Louvre

Nous voyons une femme acéphale, debout sur une plinthe ronde, sa main gauche repliée sur sa poitrine devait tenir un objet métallique dont il reste seulement la trace de fixation. Elle porte le costume traditionnel composé de trois superpositions : le chiton est le vêtement à plis très fins, le manteau fixé sur le bras droit s’appelle l’hymation puis vient l’épiblèma, un voile, qui devait recouvrir la tête.

Cette koré est une offrande à la déesse Héra, une dédicace gravée sur la bordure du voile permet de connaitre le dédicataire : Chéramyès, un membre de l’aristocratie ionienne. L’ex-voto était plus important car en 1984, une sœur jumelle à la koré de Samos a été retrouvée.

Sous les vêtements, l’artiste donne l’image d’un corps véritable : renflement du ventre, poitrine haute. Il joue avec les textures des vêtements : la légèreté du voile contraste avec les plis parallèles et serrés du chiton. De plus voyez le manteau de laine est fixé sur l’épaule par une série dépingles qui forment une suite de plis en éventail.

Les sculptures féminines se retrouvaient avant tout dans les sanctuaires, elles étaient les servantes des déesses.

Illustration : wikipedia commons

Cléobis et Biton par Polymédès d’Argos

Cléobis et Biton de Polymédès d’Argos sont deux sculptures quasiment identiques en marbre de Paros. Elles mesurent presque 2 mètres de haut. Elles datent des environs de 580 avant notre ère et sont conservées aujourd’hui au musée de Delphes (Grèce).

File:Ac.kleobisandbiton.jpg

Cléobis et Biton, Musée archéologique de Delphes

Ces statues  figurent deux jeunes hommes nus portant seulement de petites bottes. Ils sont représentés de face dans l’attitude de la marche. Mais le corps est encore  schématique : une accolade dessine la cage thoracique, la position des bras n’est pas tenable et les genoux semblent à peine esquissés. La chevelure tressée rappelle celle de la Dame d’Auxerre. Leur visage s’éclaire du sourire caractéristique de l’art archaïque grec.Sur les socles, une inscription fragmentaire mentionne le nom du sculpteur et le lieu de la réalisation.

La légende raconte que lors d’une procession Cléobis et Biton tirèrent l’attelage de leur mère, prêtresse d’Héra, à Argos, à la place des bœufs. Elle pria alors la déesse d’accorder à ses fils la plus grande faveur que puisse souhaiter  un homme : ils s’endormirent dans le temple pour ne plus se réveiller.

Toutefois, une autre identification a été avancée par des archéologues qui pensent que ces œuvres pourraient être Castor et Pollux, les Dioscures (frères d’Hélène de Troie)

Ces statues faites à Argos ont été déposées à Delphes. Les grecs voyaient cette ville comme le centre du monde. c’est là que siégeait la Pythie, prophétesse  d’Apollon. Son oracle fut le plus important du monde égéen  de la fin du VIIIe    siècle avant J.-C. au IVe siècle après J.-C.  Depuis le règne autoritaire de Phidon au VIIe siècle avant notre ère, la cité d’Argos était tenue à l’écart de la ligue du Péloponnèse. Ce don des argiens doit être vu comme un message politique évoquant la piété et le courage de ses habitants.

Durant toute l’Antiquité, l’art pour l’art n’existe pas. Une œuvre a un but précis : honorer un dieu, la mémoire d’un défunt ou faire passer un message… Cléobis et Biton en sont un bel exemple. Ces statues caractéristiques de l’art archaïque avaient à l’origine une visée politique aujourd’hui un peu oubliée.

Illustration : Demos pour Wikipedia

La restauration de la Victoire de Samothrace

Pour faire suite à l’article sur la Victoire de Samothrace voici un mini-site internet  du Musée du Louvre consacré à la restauration de la statue et à l’escalier Daru:

http://www.louvresamothrace.fr/fr/#/home

Ces pages expliquent le projet, l’intervention des restaurateurs. Le tout est très visuel et bien intéressant.

Guerrier combattant dit le Gladiateur Borghèse

Le Gladiateur Borghèse est une sculpture en marbre de l’art grec hellénistique datée des environs de 100 avant J.-C., elle mesure 1.99m. Nous pouvons voir la signature du sculpteur Agasia d’Ephèse fils de Dosithéos sur le tronc d’arbre.

Avant sa restauration dans les années 2000, elle a été étudié par le Laboratoire des Musées Nationaux ce qui a permis mieux connaître l’œuvre.

File:Borghese Gladiator Louvre Ma 527 n5.jpg

Le marbre à l’origine de cette statue provient des carrières du Pentélique près d’Athènes, il devait peser 12 tonnes.

Au début du XVIIe siècle, le gladiateur est retrouvé dans les ruines d’Anzio (petite cité sur la côte du Latium en Italie), il est brisé en 17 morceaux et le bras droit ne fut jamais retrouvé. En 1611 sur l’ordre du cardinal Scipion  Borghèse, la sculpture est restaurée sûrement par Nicolas Cordier  qui inséra des tiges métalliques en renfort dans le marbre et refit le membre manquant. L’œuvre est vendue comme toute la collection Borghèse à Napoléon Ier en 1807.

Cette statue est appelée Gladiateur Borghèse par erreur car les Grecs ne connaissaient pas les jeux du cirque. Il s’agit plus sûrement d’un soldat combattant peut-être un cavalier : son regard est tourné vers le haut. Nous voyons l’emplacement de son bouclier sur le bras gauche et il devait tenir une épée dans la main droite.

La silhouette de ce guerrier est allongée, ses muscles saillants et sa tête paraît petite par rapport aux proportions du corps. Cela rappelle les œuvres de Lysippe, le célèbre bronzier  grec du Ive siècle avant J-C, sculpteur d’Alexandre le grand.

Le Gladiateur Borghèse pourrait donc être une copie d’une sculpture de Lysippe pour un commanditaire romain, la présence du tronc d’arbre qui étaie la jambe du sujet renforce cette idée.

Mais cette pièce est aussi l’œuvre à part entière d’Agasia car elle s’inscrit dans un espace en trois dimensions invitant le spectateur à l’admirer sur plusieurs côtés contrairement aux œuvres de l’époque classique. Le visage tourmenté de cet homme est typique de l’art hellénistique alors que ceux réalisés par Lysippe sont impassibles

 Le Gladiateur Borghèse est caractéristique de l’art grec connu surtout par des copies et reprenant des modèles qui traversent les siècles.

Illustration : Wikipedia