La tentation d’Eve par Gislebertus

Ce bas-relief dit La tentation d’Eve est un fragment  du portail du transept nord de l’église Saint-Lazare d’Autun. Il est en pierre calcaire et mesure 72 cm de haut pour 132 cm de large, il a été probablement réalisé dans les années 1130 et est, fait exceptionnel, attribué à Gislebertus  le sculpteur  qui a signé le tympan. Il est actuellement conservé au Musée Rollin à Autun.la_tentation_d27eve

Cette étonnante sculpture représente Eve allongée sa silhouette semble onduler. Tout en chuchotant à Adam (aujourd’hui disparu) elle saisit une pomme. Des feuilles cachent sa nudité.

Cette œuvre montre toute l’habilité des artistes de l’époque romane qui respectaient de nombreuses règles iconographiques comme la loi du cadre.

Ici, Eve est dans une position inhabituelle, elle semble ramper, c’est pour s’adapter au plus près de la forme horizontale du linteau.

L’art roman a horreur du vide,  dans cette œuvre la sculpture ne laisse aucun espace libre : le feuillage remplit tous les espaces.

Enfin, la fonction principale de la sculpture au Moyen-Age est de mettre en valeur l’architecture en accentuant les lignes.

 

La tentation d’Eve est une sculpture romane très célèbre (certains la surnomme la Joconde romane) car c’est des rares nus monumentaux de cette période. La qualité du traitement de la taille : les éléments du feuillage, l’utilisation de la lumière pour accentuer les détails et rendre la narration plus lisibles, le travail sur plusieurs plans qui crée de la profondeur en font un chef d’œuvre exceptionnel.

 

De plus, son histoire est atypique. En 1766, le portail du transept est démonté et les pierres sont vendues comme matériaux de construction. Un siècle plus tard, le relief est redécouvert dans le mur d’une maison. Après plusieurs propriétaires, elle est acquise par la Société éduenne qui l’exposa dans son musée.

 

En 2016, l’œuvre a été restaurée par le Laboratoire des musées de France et en 2017 elle est mise en l’honneur dans une exposition à Autun jusqu’au 15 octobre. Pour en savoir plus c’est par ici.

L’image provient de wikipedia Par Alamandar — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=55052284

 

 

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L’émail Plantagenêt

L’émail Plantagenêt est une plaque de cuivre avec un décor en émail champlevé représentant Geoffroy V de Plantagenêt, comte d’Anjou et du Maine, duc de Normandie (113-1151). Elle est conservée dans les collections du musée Tessé du Mans depuis 1816 mais elle provient de la cathédrale de la ville où elle était apposée sur un pilier au-dessus de la tombe du duc.

Le défunt est figuré en pied et vivant (ses yeux sont ouverts) sous un arc cintré. Vêtu d’une longue tunique, il lève son épée d’une main et tient un grand écu armorié de lions d’or dressés sur fond d’azur de l’autre.
La représentation du corps est un peu faussée : le buste est court par rapport aux jambes.
Le fond de la plaque est orné de fleurs de lys. L’inscription de la bordure rend hommage à un prince protecteur de l’Eglise mais sans le nommer, l’identification du personnage a pendant longtemps posé question mais aujourd’hui tous les historiens d’art s’accordent sur le nom de Geoffroy V.

La plaque mesure 63 cm de haut par 33 cm de large, elle pèse 33 kg. Il s’agit du plus grand émail roman conservé.
La technique de l’émail champlevé est très employée à cette époque. Pour réaliser ce type d’œuvres, l’artisan creuse la plaque afin d’obtenir des cavités dans lesquelles il coule des émaux de différentes couleurs. Cette technique nécessite des supports à l’épaisseur relativement importante et plusieurs cuissons successives car certains coloris ne supportent pas de hautes températures. Le travail commence donc par des tons très résistants comme le rouge et se termine par des teintes fragiles comme le jaune.
Cette œuvre provient sûrement d’un atelier angevin ou manceau.

L’effigie funéraire de Geoffroy Plantagenêt est caractéristique de l’art roman par le fait que la plaque est entièrement ornée rejoignant l’horreur du vide distinctive de cette période ainsi que par la simplification du dessin qui rend l’œuvre très lisible.

Le cliché provient du site de l’office du tourisme de la Sarthe http://www.tourisme-sarthe.mobi/que-faire/musees/detail/478853

Les peintures murales de l’église de Saint-Savin -sur –Gartempe

L’église de l’abbaye  bénédictine de Saint-Savin-sur-Gartempe (département de la Vienne) offre un ensemble de 460m² de peintures murales réalisées entre la fin du XIe siècle et le début du XIIe siècle. Le bâtiment a été classé Monument historique dès 1840 et inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983. Différentes techniques furent utilisées comme la fresque et la peinture à la détrempe.

https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ec/Fresque_de_la_nef_de_l%27Eglise_de_Saint-Savin_%28Compartiment_A3_%C3%A0_D5%29_DSC_1688.jpg

La voûte en berceau est recouverte de scènes de l’Ancien Testament (livres de la Genèse et de l’Exode). Le décor se développe sur quatre registres, la lecture se fait de manière serpentante et la chronologie des épisodes n’est pas respectée.  Les espaces vides sont complétés par des végétaux ou même des scènes des fables d’Esope comme le corbeau et le renard.

La palette des couleurs est peu fournie, la couleur bleu est quasiment absente car les pigments de cette tonalité sont très chers.

Même si plusieurs peintres sont intervenus, ils ont suivi les mêmes principes : le fond est traité de manière abstraite par des bandes de couleurs : verte, rouge, blanc, c’est une convention que l’on retrouve dans les manuscrits.

L’édifice comporte d’autres ensembles peints comme  le cycle de l’Apocalypse sur le porche d’entrée  et le martyr des saints Savin et Cyprien.

Saint-Savin-sur-Gartempe est un site exceptionnel car il est est assez rare de trouver un ensemble aussi complet pour la peinture médiévale surtout connue par les manuscrits. André Malraux surnomma cette église abbatiale « la Sixtine de l’époque romane ».

Source iconographique : Guy Francis pour Wikimedia Commons

Evêques, clercs et religieux à l’époque romane

Voici le programme d’un autre colloque qui se tiendra à Issoire dans le Puy-de-Dôme les 18 et 19 octobre 2013. Il aura pour sujet : »Evêques, clercs et religieux à l’époque romane »

Programme des communications

Vendredi 18 octobre

14h Accueil des participants

14h15 Discours de Monsieur le Maire de la ville d’Issoire

14h30 Introduction

L’évêque, seigneur temporel et guide spirituel

15h Nathanaël NIMMEGEERS, Casa de Velázquez : « Episcopus et comes ? Réflexions sur les seigneuries épiscopales au sud de la Loire (IXe-XIe siècles) ».

15h30 Rémy ROQUES, Direction des archives de la Poste, Paris : « L’évêque de Clermont Robert : une seigneurie épiscopale et ses relations avec les pouvoirs laïcs ».

16h Discussion et pause

16h45 Mercedes LÓPEZ-MAYAN, doctorante, Université Saint-Jacques de Compostelle : « Vers la romanisation de la liturgie épiscopale : une approche des pontificaux castillans du XIIe et du XIIIe siècles ».

17h15 Mariacristina VARANO, archéologue, Université d’Aix-Marseille : « Autour de l’église Saint-Mary de Forcalquier (04) : essor et évolution d’un nouveau pôle épiscopal (XIe-XIIIe siècles) ».

Samedi 19 Octobre

Prélats admirés, prélats contestés

9h Igor FILIPPOV, Professeur à l’Université Lomonossov de Moscou : « À deux pas de la sainteté : abbés et évêques presque canonisés ».

9h30 Annick GAGNÉ, doctorante à l’Universités de Poitiers et de Laval à Québec : « La nomination de l’évêque dans les inscriptions de consécration (France VIIIe-XIIIe siècle) : pouvoir de l’écrit ou pouvoir du prélat ».

10h Ghislain BAURY, Université du Maine : « L’évêque et les moniales des ordres nouveaux : l’exemption chez les cisterciennes de Castille (XIIe-XIIIe siècles) ».

10h30 Discussion et pause

11h15 Martine JULLIAN, Université de Grenoble II : « L’archevêque, ce héros ! À propos du linteau de la cathédrale d’Angoulême ».

11h45 Emmanuel GRÉLOIS, Université de Rennes II : « Étienne II (av. 943-984), la Vierge et la cathédrale de Clermont : la fin d’un mythe historiographique ? ».

12h15 Discussion et pause déjeuner

Monuments et objets

14h30 Nadège BAVOUX, Docteur en histoire médiévale, Université de Grenoble II : « Le vêtement liturgique : formation d’un objet identitaire (XIIe-XIIIe siècle) ».

15h Maritchu ETCHEVERRY, doctorante à l’Université de Toulouse : « Le patronage artistique d’un évêque français à Pampelune au temps de la Réforme grégorienne : Pierre d’Andouque et le chantier de la nouvelle cathédrale ».

15h30 Juliette MASSON, archéologue, Bordeaux : « Geoffroy du Loroux et l’unité de ses fondations augustiniennes : concevoir l’« église-monument » à l’image du message réformateur ».

16h Discussion et pause.

16h30 Raquel ALONSO-ÁLVAREZ, Université d’Oviedo : « Les évêques d’Oviedo (XIe-XIIe siècles) et la réutilisation de la tradition dans des nouveaux contextes historiques et liturgiques : textes et objets».

17h Miljenko JURKOVIĆ, Université de Zagreb : « Monuments de la Croatie romane ».

17h30 Conclusion : Jean-Luc FRAYImage

Actualités de la recherche en histoire, histoire de l’art et archéologie médiévale en Auvergne

18h Francine SAULNIER : quelques mots sur un récent colloque consacré à Saint-Césaire d’Arles.

Annie REGOND : présentation des Actes « Temps et célébrations à l’époque romane ».

Les horaires, les ordres de passage et les titres peuvent être sujets à modifications.

Illustration: Eglise abbatiale Saint-Austremoine d’Issoire depuis la Tour de l’Horloge (cliché Muriel Pichon)

Bêtes, monstres et animaux fantastiques

Je vous transmets le programme du colloque qui se tiendra à Paray-le-Monial les 5 et 6 octobre 2013. Il est organisé par l’Association des Amis de la Basilique.


File:Paray le Mon from NW DSCN1558.JPG

Basilique de Paray-le-Monial (source Wikipedia, photographie de Jan Sokol)

Bêtes, monstres et animaux fantastiques dans l’art médiéval

            Les sirènes accueillant le visiteur dans la basilique de Paray-le-Monial appartiennent à ces êtres fantastiques qui peuplaient l’imaginaire du Moyen Age, en compagnie de monstres, d’animaux exotiques et de bêtes de nos contrées. Et le couple de sirène – avec poisson ! – en embuscade à l’entrée du déambulatoire est un délicieux clin d’œil du XIIe siècle à l’amateur d’art roman, une preuve du sens de l’humour qu’avaient les artistes du XIIe siècle et de la liberté dont ils bénéficiaient.

[…] L’origine de toutes ces significations est à chercher dans l’héritage antique – les mythes, les récits fantastiques comme la Vie d’Alexandre le Grand, les encyclopédies comme celle de Pline l’Ancien -, les textes de la Bible qui apportent à l’Occident médiéval leur part d’orientalisme, les réalités de la vie quotidienne partagées entre les brebis, les cochons, les poules, les loups, les renards… Ces décors zoomorphes sont donc plus qu’un ornement. Ils reflètent la société et interprètent des scènes de la vie quotidienne. Ils s’inscrivent dans la lignée d’une pensée religieuse qui intègre même la poule et ses poussins, image de l’Eglise protégeant ses fidèles. Ils font ressurgir du tréfonds des consciences ces angoisses qui prennent les dormeurs ou les voyageurs nocturnes, les chasseurs et les chevaliers de roman. Des angoisses qui appartiennent aussi à un très lointain passé culturel.

 Nicolas Reveyron

Professeur d’Histoire de l’art et Archéologie, IUF

Université Lyon 2

 

Intervenants et thèmes abordés

  • Rémy Cordonnier, docteur en histoire de l’art, Lille III, CNRS, L’iconographie de la faune biblique : quand la réalité devient merveille.
  • Hélène Gambier, Université de Namur : Cetus ? Lacovie ? Aspichodelone ? : La baleine au moyen âge, entre mythe et réalité.
  • Nathalie LELUEL, maitre de conférence, Université catholique d’Anger : singer les hommes pour mieux servir d’exemple : l’utilisation des fables animales dans le décor monumental des églises romanes.
  • Jacqueline LECLERCQ-MARX, professeur d’art du Moyen Age occidental, Université libre de Bruxelles : la sirène antique et médiévale entre séduction de mort et tentation de vie
  • Nicolas REVEYRON, professeur d’histoire de l’art et d’archéologie, IUF, Université Lyon 2 : la figuration d’animaux dans la cathédrale de Lyon.
  • Pauline GENDRY, élève conservateur du patrimoine, Institut national du patrimoine (Paris) : Codifier les traditions de la communauté monastique : l’ordinaire liturgique et son ancrage local.

Enfin, à l’occasion de la restauration du prieuré bénédictin de Paray, en vue de l’installation du Centre d’Interprétation du Patrimoine du Charollais-Brionnais, Jean Noël BARNOUD, historien, interviendra sur le prieuré de Paray au XVIIIe siècle

Pour plus d’informations :  http://amis-basilique-paray.fr/