Les Très Riches Heures du duc de Berry

Les Très Riches Heures du duc de Berry est un manuscrit enluminé du XVe siècle conservé au musée de Condé à Chantilly. Tout comme les Heures d’Etienne Chevalier, il provient de la collection du duc d’Aumale.

Ces livres d’heures sont destinés aux laïcs qui souhaitent comme les religieux, prier à des moments précis de la journée. En principe, ce sont des ouvrages faciles à transporter afin d’être consultés partout.
Mais ici, ce n’est pas le cas celui-ci mesure 29 cm par 21 et il s’agit d’un grand projet qui s’étale sur 80 ans et qui a vu l’intervention de plusieurs peintres : les frères Limbourg vers 1410-1416 (Paul, Jean et Herman) puis un maître encore anonyme dans les années 1440 (peut-être Barthélémy d’Eyck) et enfin Jean Colombe vers 1485-1486. Des copistes, des peintres de bordure, des peintres d’initiale ont été également travaillé à la réalisation de ce volume.
Le texte est bien sûr en latin et disposé sur deux colonnes.


Sur 206 feuillets de parchemin, il comprend 66 grandes miniatures et 65 petites.

Nous savons que le premier commanditaire est Jean duc de Berry, fils du roi Jean II et frère de Charles V. L’œuvre est répertoriée dans l’inventaire après décès du duc en 1416. Ce riche seigneur était un mécène important , menait un train de vie luxueux et pour le maintenir il prélevait de forts impôts sur les paysans. Il possédait dix-sept châteaux, palais ou hôtels tous décorés d’œuvres d’art…Sa bibliothèque comprenait 300 ouvrages notamment d’autres livres de prières comme les Belles Heures ou les Petites Heures de Jean de Berry.

Cet ouvrage commence comme la plupart des livres d’heures par un calendrier. Chaque mois comporte deux pages l’une pour l’éphéméride et l’autre est décorée d’une miniature surmontée d’un demi-cercle dans lequel les signes du zodiaque entourent le char du soleil.
Les miniatures, parmi les plus connues du Moyen Age, représentent les activités soit du monde de la campagne soit des gens de l’aristocratie. Au mois de mars, les paysans labourent les champs ou taillent la vigne.
Au mois d’août, un groupe de cavaliers part pour une chasse au vol.
Le mois de juin montre au premier plan une scène de fenaison, tandis que le Palais royal de la Cité occupe tout l’arrière-plan et nous pouvons y reconnaitre différents éléments architecturaux comme la façade de la Sainte Chapelle.

La dernière miniature du calendrier appelée l’Homme anatomique est exceptionnelle car elle ne se trouve dans aucun autre livre d’heures. Sur cette page, deux personnages dos à dos au corps androgyne sont dans une mandorle dont le cadre est décoré des symboles des douze signes astrologiques. Ces symboles se retrouvent sur l’individu vu de face et évoquent le lien supposé entre le zodiaque et les parties du corps.

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Dans la suite de l’ouvrage viennent des illustrations de passages bibliques ou tirés de la tradition médiévale et même un étonnant plan de Rome.
Cette vue cavalière de la cité entourée de remparts représente les monuments chrétiens et antiques de la ville ou vus comme tels sans aucune rue ou maison.


Une autre scène exceptionnelle est peinte sur le folio 153, elle figure l’éclipse qui suivit la mort du Christ. Seul le nimbe de Jésus apporte un peu de clarté à l’image.

La Tentation du Christ est une miniature très connue de ce manuscrit. Œuvre d’un des frères Limbourg et d’aspect très gothique, elle évoque la Tentation du Christ que nous retrouvons en particulier dans l’Evangile de saint Mathieu (chapitre 4, versets 1 à 11). Ici, le diable dépose le Christ sur une montagne et lui montre toutes les richesses du monde qui appartiendront s’il se prosterne aux pieds du démon. L’édifice au premier plan est le château de Mehun-sur-Yèvre de Jean de Berry (fastueuse demeure dont il reste aujourd’hui que des tours en ruines). Les autres monuments au second plan évoquent sûrement les autres propriétés du duc.

Tout au long de l’ouvrage, la représentation du monde paysan est réaliste et même riche d’enseignement. La miniature sur le folio 164 intitulé la Cananéenne montre la campagne savoyarde avec précision. Le mois d’octobre (folio 10 est illustré par une scène de semailles où la herse est alourdie par une pierre. Mais fréquemment ce milieu est vu de manière méprisante comme nous le constatons sur le feuillet de février où deux personnages exposent à la chaleur du feu leurs parties génitales. Les protagonistes de ces planches sont souvent sont laids (mois de novembre) en guenilles (laboureur du mois de mars, annonce faîte aux bergers).

Le mois de novembre : scène de glandée (le paysan fait tomber des glands pour nourrir les cochons)

Les Très Riches Heures du duc de Berry est un ouvrage inscrit dans notre patrimoine national. Les enluminures du calendrier ont façonné notre manière de voir le Moyen Age. Les représentations d’architecture, de scènes paysannes sont une source d’informations pour notre connaissance du XVe siècle et la beauté des pages procurent un plaisir sans cesse renouvelé.

Toutes les illustrations proviennent de Wikipedia.

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Le livre d’heures d’Etienne Chevalier par Jean Fouquet

Le livre d’heures d’Etienne Chevalier est le plus ancien manuscrit connu enluminé par Jean Fouquet (1420-1425 Tours – avant 1481 Tours). L’ouvrage peint sur parchemin devait compter environ 200 folio et a été vendu page par page dès la fin du XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, 40 feuillets (provenant de la collection du duc d’Aumale) sont conservés au musée de Chantilly, ils mesurent autour de 20 cm de haut par 14 cm de large.
Les livres d’heures sont des recueils de prières destinés à des laïcs chrétiens qui souhaitent suivre les temps liturgiques comme les religieux.
Le commanditaire est Etienne Chevalier (1410 Melun –  1474 Melun) Sur chaque enluminure conservée nous voyons ses initiales voir même son nom complet. Il est également représenté en prière devant la Vierge dans une des images. Il a été un proche des rois Charles VII et Louis XI. En 1452, il devient trésorier de France, c’est durant cette décennie qu’il commanda à Jean Fouquet ce livre d’heures. La vie du peintre est moins connue que celle du pourvoyeur. Nous ne savons pas qui était son maître, nous sommes à peu près sûrs qu’il se rendit en Italie où il rencontra peut-être Fra Angelico.

D’ailleurs certaines miniatures, comme le Mariage de la Vierge et l’arc de triomphe en arrière –plan évoque des influences italiennes.
Le Couronnement de la Vierge montre que l’artiste connaissait les courants nouveaux en exégèse car dans cette enluminure la Trinité est représentée sous les traits d’un jeune homme (figuré trois fois de manière identique) et rappelle le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton.


Le Martyre de sainte Apolline est une image étonnante et j’ai mis du temps pour comprendre ce qu’elle représente. Il s’agit de la mise en scène d’un mystère (c’est-à-dire un spectacle joué sur les parvis des églises et qui raconte des épisodes bibliques ou tirés de la Légende dorée de Jacques de Voragine).


Dans l’Adoration des Mages, Jean Fouquet figure Gaspard (celui qui apporte l’or) sous les traits du roi Charles VII. Le roi est accompagné par deux personnages non identifiés peut-être ses fils et de sa garde écossaise. La sécurité du souverain était assurée par une compagnie de nationalité étrangère (ensuite ce seront des gardes suisses). A l’arrière-plan, nous voyons l’attaque d’un château, Germain Bazin et F.A. Gruyer pensent qu’il s’agit de la représentation d’une coutume de la Cour de France. Lors de l’Epiphanie, le roi lançait un défi à celui qui avait tiré la fève dans l’assaut fictif d’un château.


L’enluminure du Portement de Croix s’organise en deux registres. Dans la partie inférieure, la femme du forgeron fabrique les clous qui serviront à crucifier Jésus. Cette personne n’existe pas dans les Evangiles, elle provient des mystères.
La scène principale reprend l’Evangile de saint Mathieu. Simon de Cyrène aide le Christ à porter la Croix au milieu de la foule tandis qu’à l’arrière–plan Judas s’est pendu et un petit diable emporte ses entrailles. Dans le paysage, nous reconnaissons la façade de la Sainte-Chapelle.
Sainte Véronique est figurée deux fois dans cette image dans l’affluence, elle attend à genoux le passage du cortège et dans le médaillon avec le voile où s’est imprimé le visage de Jésus.

Jean Fouquet est considéré comme un très grand peintre faisant le lien en la fin du Moyen Age et la Renaissance. Il doit cette réputation avant tout à ses enluminures car seulement cinq de ses peintures de chevalet sont encore conservées :
– la piéta de l’église de Nouans-les-Fontaines
– le diptyque de Melun (un panneau conservé à Berlin, l’autre à Anvers)
– le portrait de Guillaume Jouvenel des Ursins (musée du Louvre)
– le portrait de Charles VII (musée du Louvre)

Toutes les images de cet article provienne du site de la BNF http://expositions.bnf.fr/fouquet/enimages/chevalier/intro.htm

Le Psautier d’Utrecht

Le Psautier d’Utrecht est un manuscrit sur vélin réalisé vers 820. Il mesure 33cm de haut par 25cm de large et est conservé dans les collections de la bibliothèque universitaire d’Utrecht.

Formée d’une centaine de feuilles assemblées en cahiers de 8 pages, il est écrit en majuscules rustiques et orné de croquis faits à la plume avec une encre bistre.

Dans cet ouvrage, chaque psaume débute par une scène où s’affairent de nombreux personnages. Les images sont facilement identifiables grâce cette façon de rendre le mouvement ou par la manière d’étayer les différents plans par des lignes de sols. L’influence de l’art romain (voir même du style byzantin) est visibles dans les représentations architecturales.

Les dessins n’illustrent pas forcément le psaume en entier mais peuvent décrire un verset en particulier ou ne pas se référer du tout au texte qu’il décorent.

Le Psautier d’Utrecht a sûrement été réalisé à Hautvilliers près de Reims ( alors un grand centre de production de manuscrits) pour un commanditaire inconnu même si de nombreux auteurs suggèrent une réalisation pour Louis le Pieux fils de Charlemagne.

Les livres enluminés comme les peintures murales sont une source primordiale pour la connaissance des arts graphiques et le Psautier d’Utrecht est un bel exemple de dessin de la période carolingienne.

 

Illustration : Wikipedia

Le livre de Kells

Le livre de Kells est un manuscrit écrit vers 800 en Irlande et conservé dans la bibliothèque du Trinity Collège de Dublin depuis le XVIIe siècle. Ses pages sont en parchemin (matériau très utilisé durant tout le Moyen Age fait à partir de peaux tannées d’animaux domestiques comme le mouton, le veau ou le porc). Il mesure 33 cm de haut par 25 cm de large.

Incipit de l’Evangile de Saint-Marc (folio 30 recto)

Cet ouvrage est sûrement le manuscrit le plus célèbre au monde pourtant ses origines sont incertaines (date de création allant de 780 à 820 et il existe plusieurs théories sur son lieu de création). Il s’agit d’un évangéliaire (livre de la liturgie chrétienne contenant les textes des Evangiles lus au cours de toutes les messes de l’année).
La décoration des pages est extrêmement riche et offre une créativité exceptionnelle. Le style iconographique rappelle le travail de l’orfèvrerie et en particulier celui des émaux cloisonnés irlandais ou écossais. Il semble que ce manuscrit puisse être regardé avec plusieurs niveaux de lecture :
– Dans un premier temps, le décor peut servir d’aide pour se repérer dans le texte. Des ornements pleine page indiquent souvent les passages importants.
– Dans un second temps, les peintures fournissent un support à la méditation. Le regard suit les dessins complexes et l’esprit s’échappe en suivant leurs contours.

L’arrestation du Christ (folio 114 recto)

Durant le Haut Moyen Age, les livres religieux étaient très souvent enluminés car les missionnaires les utilisaient pour impressionner les païens et instruire les convertis.
Le livre de Kells est vraisemblablement inachevé car sur certaines pages il manque la couleur, d’autres sont restées blanches.
De plus le manuscrit a subi les outrages du temps et des hommes : nous savons qu’il manque des pages, certains feuillets sans décor ont été utilisés pour noter des transactions immobilières concernant l’abbaye de Kells et l’ouvrage de nombreuses annotations postérieures comme la signature de la reine Victoria qui s’est cru autorisée de parapher le livre lors de sa visite officielle à Dublin.

L’enluminure constitue un des seuls moyens de connaître la peinture médiévale méconnue par le manque de sources  et de montrer la créativité des artiste de cette époque .

Toutes les illustrations proviennent de Wikimedia Commons