Valve de miroir dite le jeu d’échec

Ce valve de miroir dite le jeu d’échec provient d’un atelier parisien qui la fabriqua vers l’an 1300, elle est en ivoire d’éléphant. Sa hauteur maximale est de 11,5 cm.

Cette célèbre plaque aux angles cantonnés de dragon représente dans un cadre circulaire un couple jouant aux échecs. Chacun est accompagné par un serviteur observant le jeu. Le tout se déroule sous une tente aux rideaux relevés ; le mat soutenant la structure partage la scène en deux parties égales. Toute la composition s’organise autour de l’échiquier.

Le travail de taille est soigné et met en valeur les attitudes de chaque personnage : l’homme s’apprêtant à bouger une pièce, la  servante suggérant un déplacement.

Ce thème se retrouve fréquemment sur les valves de miroir, est tiré de la littérature chevaleresque comme Tristan et Yseult.

Aujourd’hui cette plaque est isolée mais elle devait être reliée à une autre plaque par un lacet ou un pas de vis pour protéger un miroir, les dames les suspendaient alors à leur ceinture ou dans une petite bourse.

L’ivoire est travaillé en Europe occidentale depuis le Ive siècle mais les difficultés d’approvisionnement en font une matière rare et particulièrement précieuse. Au IXe siècle, les sculpteurs réutilisaient même des plaques antiques. Au XIIIe siècle, les circuits commerciaux sont rétablis et de  1250 à 1350 Paris devient le centre du travail de l’ivoire, les pièces produites sont d’abord des œuvres religieuses puis à partir du règne de Philippe IV le Bel se sont également des objets profanes qui sortent des ateliers reprenant des thèmes courtois comme sur la plaque présentée aujourd’hui ou sur celle-ci du musée du Louvre   ou encore sur ce coffret conservé au musée de Cluny 

Les ivoires gothiques par leur raffinement contribuèrent au rayonnement stylistique de la France à travers l’Europe.

La photographie provient de l’adresse suivante : http://expositions.bnf.fr/jeux/grand/020.htm

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L’émail Plantagenêt

L’émail Plantagenêt est une plaque de cuivre avec un décor en émail champlevé représentant Geoffroy V de Plantagenêt, comte d’Anjou et du Maine, duc de Normandie (113-1151). Elle est conservée dans les collections du musée Tessé du Mans depuis 1816 mais elle provient de la cathédrale de la ville où elle était apposée sur un pilier au-dessus de la tombe du duc.

Le défunt est figuré en pied et vivant (ses yeux sont ouverts) sous un arc cintré. Vêtu d’une longue tunique, il lève son épée d’une main et tient un grand écu armorié de lions d’or dressés sur fond d’azur de l’autre.
La représentation du corps est un peu faussée : le buste est court par rapport aux jambes.
Le fond de la plaque est orné de fleurs de lys. L’inscription de la bordure rend hommage à un prince protecteur de l’Eglise mais sans le nommer, l’identification du personnage a pendant longtemps posé question mais aujourd’hui tous les historiens d’art s’accordent sur le nom de Geoffroy V.

La plaque mesure 63 cm de haut par 33 cm de large, elle pèse 33 kg. Il s’agit du plus grand émail roman conservé.
La technique de l’émail champlevé est très employée à cette époque. Pour réaliser ce type d’œuvres, l’artisan creuse la plaque afin d’obtenir des cavités dans lesquelles il coule des émaux de différentes couleurs. Cette technique nécessite des supports à l’épaisseur relativement importante et plusieurs cuissons successives car certains coloris ne supportent pas de hautes températures. Le travail commence donc par des tons très résistants comme le rouge et se termine par des teintes fragiles comme le jaune.
Cette œuvre provient sûrement d’un atelier angevin ou manceau.

L’effigie funéraire de Geoffroy Plantagenêt est caractéristique de l’art roman par le fait que la plaque est entièrement ornée rejoignant l’horreur du vide distinctive de cette période ainsi que par la simplification du dessin qui rend l’œuvre très lisible.

Le cliché provient du site de l’office du tourisme de la Sarthe http://www.tourisme-sarthe.mobi/que-faire/musees/detail/478853

Mobilier de la tombe de la reine Arégonde

En 1959 lors de fouilles archéologiques dans la nef de la basilique de Saint-Denis, la tombe n°49, préservée des infiltrations d’eau, livra un important mobilier funéraire comprenant en plus des éléments osseux, des fragments de costume et une importante parure orfévrée.

Eléments de la parure funéraire de la reine Arégonde ©D. Bagault

Les bijoux faits d’argent, d’or, de grenat et de verre sont conservés au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain en Laye. L’ensemble se compose de 2 épingles pour retenir le voile, 2 boucles d’oreilles, 2 fibules, une grande épingle pour agrafer le manteau, un anneau sur le pouce gauche, une garniture de ceinture, 2 ferrets de jarretière et des éléments de décor de chaussure.
C’est la bague en or qui permit l’identification la souveraine, une inscription ARNEGUNDIS et le monogramme Regine se trouvent sur le chaton. La défunte fut reconnue comme une des épouses de Clotaire (un des fils de Clovis qui régna de 511 à 516). Elle n’était mentionnée jusqu’alors que par les écrits de Grégoire de Tours, l’étude du mobilier de la sépulture permit de la connaître un peu mieux : elle avait autour de 61 ans au moment de son décès, elle souffrait d’arthrose et de diabète, un de ses pieds était difforme surement à cause de la poliomyélite.

Les pièces fonctionnant par paires sont différentes les unes des autres. Un des éléments est moins abouti que l’autre. Il est donc possible que les beaux bijoux aient été importés et les seconds répliqués par une personne moins expérimentée.

Les fibules sont des éléments du costume depuis l’antiquité romaine qui servaient à tenir le vêtement, un peu sur le système des épingles à nourrice. En général, une seule suffisait, ici la reine en portait deux. Elles sont en orfèvrerie cloisonnée, cette technique consiste à sertir des morceaux de verre ou des pierres précieuses dans des cloisons de métal. Le bel exemplaire provient sûrement d’un atelier la vallée du Rhin ou du sud-ouest de l’Allemagne.
La grande épingle qui servait à faire tenir le manteau est apparemment un objet composite fait d’éléments de différentes époques, les taux d’or et d’argent sont sensiblement différents d’une partie à l’autre du bijou.
La garniture de ceinture est faites de deux plaques avec armature en argent avec des tôles d’or à décors de filigranes et grenats et verroterie disposés en bâte.

La parure de la reine Arégonde est très bel ensemble mais des traces d’usures sont bien visibles. Il se pose alors plusieurs questions : est-ce que la reine voulait être inhumée avec des objets qu’elle aimait, est-ce par souci d’économie de ceux qui l’ensevelirent ou encore est-ce que les changements politiques changèrent la situation économique de l’entourage d’Arégonde ?

La photographie de la parure provient du site L’archéologie en chantier : http://www.archeologiesenchantier.ens.fr/spip.php?article80 

Pour en savoir plus : https://www.academia.edu/1472915/La_tombe_d_Ar%C3%A9gonde._Nouvelles_analyses_en_laboratoire_du_mobilier_m%C3%A9tallique_et_des_restes_organiques_de_la_d%C3%A9funte_du_sarcophage_49_de_la_basilique_de_Saint-Denis

L’ivoire Barberini

L’Empereur triomphant dit l’ivoire Barberini est un diptyque byzantin dantant du Vie siècle de notre ère. Aujourd’hui il se compose de quatre plaquettes en ivoire d’éléphant (il manque un élément qui s’insérait par un système de rainure à droite de la figure centrale). Il mesure 34,2 cm de haut et 26,8cm de large et est conservé au Musée du Louvre.

Ivoire Barberini

Les diptyques sont des objets qui existent depuis l’Antiquité, ils servaient d’écritoire. Ils se composent de deux tablettes appelées feuillets reliées par des charnières et dont les faces intérieures étaient recouvertes de cire sur laquelle on écrivait à l’aide d’un stylet. Les feuillets pouvaient être en bois, en métal ou en ivoire. Lorsque le commanditaire appartenait à la cour, les matériaux employés et le décor étaient précieux.

L’iconographie de l’ivoire Barberini s’inspire des triomphes impériaux et développe un véritable message politique.

Au centre, nous voyons un empereur à cheval  tenant une lance plantée au sol arrêtant ainsi un barbare. Sous l’animal, une allégorie de la Terre soutient le pied du cavalier. En haut, un buste du Christ est sculpté dans un médaillon porté par des anges. La plaque du bas représente le tribu des peuples soumis. Sur la gauche un soldat s’apprête à offrir au souverain une victoire ailée.

Nous ne savons pas avec certitude quel est l’empereur représenté cependant la plupart des auteurs parle de Justinien (527-565)

De plus au revers de l’œuvre, nous pouvons voir une liste écrite à l’encre de plus de 300 noms parmi lesquels nous retrouvons ceux des souverains austrasiens de 575à 662( l’Austrasie est un royaume constitué après la mort de Clovis dans le nord-est de la Gaule), ce qui permet de penser que ce diptyque était présent en Gaule dès cette époque.

Nous ne pouvons qu’être admiratifs du travail des sculpteurs de ce feuillet qui ont su multiplier les détails et les prouesses techniques car certains éléments sont en ronde-bosse (c’est-à-dire qu’ils se détachent du support).

Ce type de pièces aura une grande influence sur les artistes carolingiens et leur servira de source d’inspiration.

Illustration : wikipedia

Exposition Van Cleef & Arpels

Sur le très bon site Culturiablog, j’ai trouvé un lien qui pourrait vous intéresser, il concerne l’exposition Van Cleef & Arpels qui se tient actuellement au musée des Arts décoratifs. http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/arts-decoratifs/expositions-23/actuellement/dans-la-nef/van-cleef-arpels-l-art-de-la-haute/

Ce lien permet de voir plusieurs bijoux exposés, il donnera sûrement l’envie de franchir la porte du Musée des Arts décoratifs. Si c’est le cas, n’hésitez pas à me raconter car personnellement je ne pourrais pas y aller.

L’Apocalypse d’Angers

File:Chateau d'Angers - ian 2008 - 103.JPG

(Rmesu, Wikimedia Commons)

L’Apocalypse d’Angers est une immense tapisserie de la deuxième moitié du XIVe siècle en laine conservée dans une galerie du château d’Angers.

Cette tapisserie est exceptionnelle par sa taille :104m, par son sujet : tous les tableaux représentent des passages de l’Apocalypse et par la qualité du travail : il s’agit d’une tapisserie sans envers c’est-à-dire que le dessin est aussi visible sur l’endroit que l’envers. La plupart des couleurs sont faites à partir de végétaux (indigo pour le bleu, garance pour le rouge…).

Le terme tapisserie ou tenture désigne un ensemble de pièces ayant un sujet commun comme la tapisserie de la Dame à la licorne qui est composée de six pièces.

Elle a été commandée par Louis Ier duc d’Anjou vers 1373 et livrée vers 1380. Plusieurs métiers ont dû fonctionner en même temps pour réaliser le projet en 7 ans environ. Aujourd’hui, un artisan licier met un mois pour faire un mètre carré de tapisserie, nous conservons aujourd’hui 775m² de tapisserie. A partir de la fin du XVIIIe, la tapisserie est malmenée (elle sert de couverture pour les chevaux, pour protéger des meubles pendant des travaux…) et n’est redécouverte que dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Le peintre qui a réalisé les modèles s’appelait Hennequin de Bruges, les artisans liciers étaient parisiens. Sur une pièce, les scènes se succèdent sur deux registres superposés et se lisent de gauche à droite. Chaque scène se détache alternativement d’un fond rouge ou d’un fond bleu, sur chaque tableau saint Jean dit le voyant est représenté.

File:Angers- Apocalypse (2).JPG

La Famine (Rémi Jouan, Wikimedia Commons)

La tapisserie de l’Apocalypse d’Angers exprime l’inquiétude de tout un pays. Au moment de la commande, nous sommes en plein dans la Guerre de Cent ans et la crainte des famines, de la peste est présente en chacun. Dans ce contexte politique et social, nous comprenons mieux le choix d’un tel sujet

La pyxide d’al-Mughira

ImageMarie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons (Public Domain)

La pyxide d’al-Mughira est datée de 968, elle mesure 15 cm de haut et 8 cm de diamètre.  Elle est conservée au Musée du Louvre. Cette pyxide provient d’un atelier de Cordoue, la partie cylindrique est taillée dans une seule défense d’ivoire, le couvercle est rapporté, nous pouvons y voir l’emplacement d’un bouton de préhension.

La surface est entièrement travaillée, il n’y a aucun espace libre. L’ivoire est sculptée profondément, le décor se détache nettement du fond.Une inscription coufique se trouve à la base du couvercle, elle souhaite « chance, bonheur et prospérité à al-Mughira, fils du commandeur des croyants». Al-Mughira était un fils d’Abd el Rahman III, calife de Cordoue.

Le décor s’organise autour de médaillons polylobés contenant des scènes figuratives, le fond présente un décor végétal dense. L’iconographie est traditionnelle avec les plaisirs de la cour (la chasse, la musique), les combats d’animaux, les motifs végétaux que l’on retrouve dans le décor architectural contemporain.

La pyxide d’al-Mughira est un très bel exemple de l’art du califat de Cordoue. Elle montre la maîtrise des artisans mais aussi le raffinement de ces commanditaires.