Danaé de Jan Gossaert dit Mabuse

Danaé est une huile sur toile signée Jan Gossaert (1478 Maubeuge dans le Hainaut  -1534 peut-être à Anvers) et daté de 1527. Ce tableau mesure 114,3 cm de haut par 95,6 cm de large. Il est conservé à la Alte Pinakothek de Munich et provient peut-être des collections de l’empereur Rodolphe II à Prague.

Danaé de Jan Gossaert, Alte Pinacothek de Munich

Cette œuvre suit la légende de Danaé telle que la raconte Ovide dans les Métamorphoses. La jeune femme fut enfermée dans une tour de bronze par son père à qui un oracle avait prédit qu’il mourrait de la main de son petit-fils. Mais Danaé fut séduite par Jupiter qui se transforma en pluie d’or, de leur union naquit Persée. Sur ce tableau, la jeune femme est représentée à demie couverte par une draperie bleue, assise sur un coussin dans une architecture mi-gothique mi-renaissance tandis que la pluie d’or tombe du plafond.

La couleur bleue du vêtement met en valeur la carnation de Danaé et donnant à cette œuvre un aspect érotique indéniable. Pourtant cette toile est proche des représentations mariales contemporaines par le ton du tissu, le comportement humble de la jeune femme et l’idée d’une fécondation surnaturelle. Toutefois, ce thème iconographique changera de signification dans les décennies suivante avec les représentations de Titien ou de Velázquez où Danaé apparaitra comme vénale.

Danaé du Tintoret 1580, Musée des Beaux-Arts de Lyon

Cette peinture dévoile tout le talent de Gossaert notamment dans la qualité du traitement des tissus et des surfaces marbrées. L’étonnement de Danaé démontre les aptitudes du peintre pour le portrait. Il est un des premiers peintres flamands à se rendre en Italie et notamment à Rome avec la suite de  Marguerite d’Autriche. Ce voyage influença beaucoup sa production ultérieure par l’introduction des cultures antique et italienne dans ses représentations architecturales, ses choix iconographiques.

Aujourd’hui Jan Gossaert est un artiste un peu oublié même si une exposition lui a rendu hommage à la National Gallery de Londres en 2011.

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Danaé de Gossaert

Danaé du Tintoret

La reddition de Breda de Velasquez

La Reddition de Breda, le 5 juin 1625, dit les Lances est une huile sur toile peinte par  le peintre espagnol Diego Velázquez (1599, Séville – 1660, Madrid) au cours des années 1634-1635. Elle mesure 307 cm de haut par 367 m de large et est conservée aujourd’hui au Musée du Prado.

Le tableau représente la remise des clés de la ville de Breda par Justin de Nassau, gouverneur hollandais de la ville au général  espagnol Ambrogio Spinola.

Les deux camps se rencontrent au premier plan de l’œuvre dans une atmosphère calme et sereine. Au centre de la toile, le vaincu s’apprête à remettre les clés de sa cité au vainqueur, qui dans un geste magnanime l’empêche de s’agenouiller devant lui. Leur posture permet de créer une sorte de trouée et d’apercevoir la représentation de la bataille reléguée à l’arrière-plan. La guerre est alors seulement suggérée par les fumées.

A droite du tableau les soldats espagnols avec leurs nombreuses lances paraissent plus organisés que les hollandais avec leurs quelques hallebardes.

Les personnages sont disposés en frise, les têtes sont quasiment toutes au même niveau, certains réagissent à la scène principale, d’autres regardent fixement le spectateur.

 

Au travers de cette scène qui n’a jamais eu lieu dans la réalité, le peintre insiste sur la grandeur de la monarchie espagnole car ici le contexte historique est très important.  Ce tableau décorait le salon des Royaumes, la grande salle d’apparat du palais Buen Retiro dont toute la décoration était dédiée à la gloire des Habsbourg d’Espagne.

La Reddition de Breda est un épisode de la Guerre de quatre-vingts ans qui opposa les Pays-Bas, luttant pour leur indépendance et la couronne espagnole. Au moment de la bataille, Isabel Clara Eugenia (la tante de Philippe IV) est la gouvernante des Pays-Bas, elle avait reçu ce pays en dot (eh oui, il n’y pas si longtemps, les rois offraient des pays et donc des peuples en cadeau).  En 1637, Frédéric-Henri de Nassau reprit Breda aux Espagnols.

 

La technique de Velásquez est arrivée avec cette toile  à son apogée, la touche est légère et précise, les couleurs sont harmonieuses et vives. Le peintre a su rendre de manière parfaite la texture des tissus.

 

La monarchie espagnole paraît encore imposante, pleine de puissance mais le règne de Philippe IV marque le début du déclin des Habsbourg d’Espagne.

Si ce thème vous intéresse, je vous invite à lire les aventures du capitaine Alatriste de l’écrivain Arturo Pérez-Reverte dont le troisième tome est consacré au siège de Breda et qui m’a donné envie d’écrire cet article.

La photographie de l’oeuvre provient du site web gallery of art

Ophélia de Millais

Ophélia est une œuvre réalisée entre 1851 et 1852 par le peintre anglais John Everett Millais (juin 1829 Southampton – août 1896 Londres), classé comme préraphaélite. Cette huile sur toile conservée à la Tate Gallery de Londres, mesure 76 cm de haut par 112 cm de large.

Ce tableau représente la mort d’Ophélie telle qu’elle est décrite dans la scène 7 de l’acte IV de Hamlet la pièce de Shakespeare. En voici un extrait:

Au-dessus du ruisseau penche un saule, il reflète
dans la vitre des eaux ses feuilles d’argent
Et elle les tressait en d’étranges guirlandes
Avec l’ortie, avec le bouton d’or,
Avec la marguerite et la longue fleur pourpre
Que les hardis bergers nomment d’un nom obscène
Mais que la chaste vierge appelle doigt des morts.
Oh, voulut-elle alors aux branches qui pendaient
Grimper pour attacher sa couronne florale ?
Un des rameaux, perfide, se rompit
Et elle et ses trophées agrestes sont tombés
Dans le ruisseau en pleurs. Sa robe s’étendit
Et telle une sirène un moment la soutint,
Tandis qu’elle chantait des bribes de vieux airs,
Comme insensible à sa détresse
Ou comme un être fait pour cette vie de l’eau.
Mais que pouvait durer ce moment ? Alourdis
Par ce qu’ils avaient bu, ses vêtements
Prirent au chant mélodieux l’infortunée,
Ils l’ont donnée à sa fangeuse mort.

(Extrait trouvé le 8 juillet 2016 à l’adresse suivante : http://abardel.free.fr/recueil_de_douai/ophelie/mythelitteraraire.htm)

Ici la jeune femme est figurée flottant dans une rivière, un bouquet à la main, entourée d’une nature luxuriante. Ses vêtements paraissent gorgés d’eau et son corps s’enfoncer. On retrouve le saule, l’ortie et le bouton d’or du texte.

Le tableau a été peint en deux temps : Millais commença par le paysage pour cela il s’inspira de la rivière Hogsmill dans le Surrey qu’il observa pendant 6 mois afin de représenter toutes les fleurs de la toile. Puis il réalisa le personnage d’Ophélie, c’est Elisabeth Siddal, la muse des préraphaélites qui posa allongée dans une baignoire remplie d’eau.

Dans cette œuvre, chaque détail est réalisé avec minutie, les végétaux sont figurés avec la précision d’un botaniste et ont chacun une valeur symbolique : les coquelicots évoquent la mort, les marguerites près de la main d’Ophélie symbolisent l’innocence, les violettes en collier représentent la fidélité tandis que le myosotis signifie ne m’oubliez pas.

Le personnage s’intègre parfaitement au décor, les tonalités du vêtement ou de la chevelure se retrouvent dans les coloris de la nature environnante ainsi le roux des cheveux répond à celui de l’écorce du saule.

La composition du tableau par ses obliques descendantes annonce la fin tragique d’Ophélie.

Cette œuvre la plus connue de Millais est caractéristique du courant préraphaélite. Ce mouvement artistique représenté par des peintres comme Dante Rossetti ou Holman Hunt, refusait l’esthétique hérité de la Renaissance. Ici le réalisme exacerbé, la vivacité des couleurs, la référence à la littérature anglaise et l’importance de la symbolique en font une œuvre typique du préraphaélisme. Elle influença de nombreux contemporains et successeurs de Millais comme Edward Burne-Jones.

Pour en savoir plus sur les préraphaélites : article du Musée d’Orsay

La photographie illustrant l’article provient du site web gallery of art : http://www.wga.hu/art/m/millais/ophelia.jpg

 

 

 

 

L’Automne de Guiseppe Arcimboldo

L’Automne est une huile sur toile du peintre Guiseppe Arcimboldo (vers 1527 à Milan -1593 idem) conservée au musée du Louvre. Ce tableau mesure 76 cm de haut par 63.5 cm de large et est daté de 1573.

Sur un tonneau éclaté sont disposés des fruits et des légumes d’automne de manière à donner l’aspect d’un visage masculin de profil. J’ai compté environ 25 variétés végétales différentes : raisin, pommes, poires, mure, châtaigne, courge, céréales, nèfle, pomme de terre… Le peintre représente une nature encore généreuse même si l’on peut voir une légère lueur d’inquiétude dans le regard du personnage.

Pendant longtemps, Arcimboldo a été vu comme un peintre de bizarreries réservées à orner les cabinets de curiosité pourtant elles délivrent un message plus complexe.

En effet, ce tableau appartient à une série de quatre toiles représentant les saisons (toutes au Louvre), c’est le deuxième ensemble peint par Arcimboldo sur ce thème. Il avait offert le premier à l’empereur Ferdinand 1er son mécène (conservé en partie au Kunsthistoriches Museum de Vienne). Dans ce cas présent, il s’agit d’une commande de Maximilien II et offerte ensuite comme cadeau à l’électeur  Auguste de Saxe (un protestant) dans le contexte difficile des guerres de religion. Ici, le message est que malgré le temps qui passe la Maison des Habsbourg perdure et est immuable comme le cycle des saisons.

Il s’agit là d’un cadeau prestigieux et typique du goût de la fin de la Renaissance qui voit l’éclosion des cabinets de curiosités. Cette période de grands voyages et de découvertes de territoires inconnus amenèrent le goût de collectionner des objets exotiques offrant un condensé du monde tant végétal, minéral que scientifique.

Apprécié par les plus grands mécènes, copié de son vivant, Arcimboldo va progressivement être oublié, il sera redécouvert par les surréalistes. Il souffrira pendant longtemps d’être vu seulement comme un peintre étrange alors qu’il est le précurseur des natures mortes et ses œuvres délivrent un message complexe allant bien au-delà de la simple caricature.

L’image provient du site web gallery of art : http://www.wga.hu/art/a/arcimbol/3allegor/2seaso3.jpg

Pour en savoir plus sur les cabinets de curiosité, vous pouvez consulter le site Curiositas qui a pour sujet les cabinets de curiosité en Europe : http://curiositas.org/

L’actualité de Jérôme Bosch

L’année 2016 marque les 500 ans de la mort du peintre hollandais Jérôme Bosch (né vers 1450-mort en 1516).
Pour commémorer l’évènement deux importantes expositions sont organisées l’ une à dans la ville natale de l’artiste Bois-le-Duc (avec de nombreuses autres animations) et l’autre au musée du Prado.

Cet anniversaire a été l’occasion de plusieurs avancées dans la connaissance de l’œuvre de cet artiste à l’imaginaire foisonnant.
Ainsi les restaurations menées entre 2013 et 2015 par madame Agnès Malpel du centre de recherche et de restauration des musées de France sur le tableau intitulé la Nef des fous (article que j’ai écrit il y a 3 ans)  ont permis de confirmer l’hypothèse selon laquelle ce panneau appartenait à une œuvre plus importante évoquant des péchés capitaux . L’autre moitié de la Nef des fous est un tableau conservé à Yale University Art Gallery de New Haven, l’ensemble évoquerait la gourmandise et la luxure.

La Nef des fous de Jérôme Bosch conservée au Musée du Louvre

De plus le Bosch Research and Conservation Project (BRCP) a attribué une nouvelle œuvre à Jérôme Bosch : une Tentation de saint Antoine conservée au musée de Kansas City . Là aussi, il s’agit d’une huile sur bois appartenant vraisemblablement à un panneau plus important et qui a été découpé à une date inconnue.

Ce peintre hors-norme méritait bien une telle rétrospective.

Pour en savoir plus : http://info.arte.tv/fr/la-renaissance-de-jerome-bosch http://www.telerama.fr/scenes/la-tentation-de-saint-anoine-jerome-bosch-pour-une-toile-de-plus,137838.php

La photographie de la Nef des fous provient du site Web Gallery of Art : http://www.wga.hu/art/b/bosch/5panels/11shipfo.jpg

 

 

 

La Toilette d’Esther

La toilette d’Esther est une huile sur toile peinte par Théodore Chassériau (1819 Saint-Domingue – 1856 Paris) en 1841. Ce petit tableau (45.5 cm par 35.5 cm) est conservé au Louvre depuis 1934 à la suite du legs de la collection du baron Arthur Chassériau.

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La Toilette d’Esther par Théodore Chassériau, Musée du Louvre

Au premier plan, se trouve Esther assise à demi-nue entourée d’une servante et d’un eunuque. La jeune femme se coiffe dans une pose sensuelle. Son attitude n’est pas très naturelle et rappelle que Chassériau était un élève d’Ingres qui utilisait lui aussi des poses non anatomiques pour privilégier le dessin (voir l’article sur La grande odalisque).
Mais contrairement à son maitre le jeune peintre (il a seulement 22 ans au moment de la réalisation de cette œuvre) accorde beaucoup d’importance à la couleur comme le montre l’étoffe qui recouvre les jambes de l’héroïne ou l’aspect des bijoux. Cela donne un aspect raffiné au tableau.
Le cadrage serré (les personnages secondaires sont coupés) et l’absence de profondeur donnent l’impression d’une scène chargée.

L’artiste figure un épisode biblique tiré du livre d’Esther rarement illustré par les peintres. La jeune juive se prépare à rencontrer pour la première fois le roi perse Assuérus (ou Xérès) qui cherchait une nouvelle épouse parmi les plus belles femmes de son royaume. Les artistes préféraient représenter le moment où elle plaide la cause du peuple juif.
Le choix d’un tel sujet religieux permettait à Théodore Chassériau de contourner la censure et de présenter au Salon un nu féminin dégageant un fort érotisme.

Ce tableau évoque par la peau de tigre utilisée comme tapis, la servante voilée également le goût de l’Orient un courant très à la mode chez les artistes du XIXe siècle. L’Orientalisme se retrouvait dans de nombreux domaines artistiques et décoratifs comme la peinture mais aussi la littérature comme le montrent Salammbô de Flaubert, les voyages de Pierre Loti ou en arts décoratifs avec les travaux du verrier Philippe-Joseph Brocard (1831-1896).

L’œuvre sera très critiquée par les contemporains de Chassériau car ils trouvaient étrange l’atmosphère qui s’en dégage. D’ailleurs, c’est un artiste qui ne sera pas reconnu à sa juste valeur car perçu à la fois comme élève d’Ingres et suiveur de Delacroix. Pourtant, c’est un peintre inclassable qui mérite une plus grande notoriété.

La photographie provient du site Web Gallery of Art http://www.wga.hu/support/viewer/z.html

Saint Jean-Baptiste part se faire une beauté

Après Sainte-Anne, la Vierge et l’Enfant en 2011-2012, la Belle Ferronnière  en 2014-2015, c’est autour de Saint Jean-Baptiste de quitter les salles d’exposition du Louvre pour les ateliers du Centre de recherche et de restauration des musées de France.

Le tableau va être nettoyé, les restaurateurs vont essayer avant tout de retirer les couches superflues de vernis qui oxydent la surface de l’œuvre et empêchent de voir les détails. Ainsi la croix, la peau de bête et même les cheveux sont quasiment devenus invisibles.
Le tableau sera donc absent des cimaises du Louvre jusqu’à une date indéterminée. Sébastien Allard, directeur du département des peintures du musée,  rappelle qu’on ne connait pas le temps que nécessitera une restauration avant de l’avoir vraiment commencée.
Le panneau a été très étudié en amont et parait sain mais une mauvaise surprise est toujours possible.
Photographie provenant du site du musée du Louvre http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=13846

Descente de croix par Rubens

Cette Descente de croix est due à Pierre Paul Rubens (1577 Siegen (Westphalie) -1640 Anvers (Belgique)) a été peinte vers 1612 pour la confrérie des Arquebusiers. Elle est conservée dans la cathédrale Notre-Dame d’Anvers où elle constitue le panneau central d’un triptyque. Il s’agit d’une huile sur panneau de bois de très grande taille car elle mesure 420cm de haut par 310 de large. Les panneaux latéraux représentent la Visitation et la Présentation au Temple de l’Enfant Jésus.

Retable de la Descente de croix par Rubens, cathédrale d’Anvers

Le tableau montre le moment où l’on détache le Christ de la Croix et où on l’enveloppe dans son linceul. Tous les hommes sont équilibre sur des échelles. Les femmes, elles, se trouvent au pied de la Croix.

Panneau central du retable représentant la Descente de croix

Une grande diagonale formée par le linceul, le Christ et Marie-Madeleine axe toute la composition, les autres lignes directrices de l’œuvre viennent s’articuler autour d’elle pour la doubler ou la contrebuter. De plus, un faisceau de lumière produit une véritable coulée et renforce la construction du tableau. Les couleurs : rouge, ors, bruns rendent par contraste le corps du Christ encore plus pâle.
Rubens saisit cette scène dans son moment le plus instable. Les personnages saints deviennent des hommes : cambrés, tendus par l’effort, attentifs et ingénieux pour ne pas échapper le Christ, comme par exemple le personnage qui tient le linceul entre ses dents.
L’opposition entre le fond sombre et la clarté de la scène montre combien le peintre a intégré le caravagisme tout en l’adaptant à son travail.
Car de nombreux éléments rappellent la peinture flamande des XVe et XVIe siècles ainsi au premier plan, la bassine de cuivre avec les clous et la couronne d’épine forment une nature morte telle que l’on peut en voir dans la peinture du Nord tout comme le caractère pittoresque des visages de certains personnages.

Le peintre reprendra ce sujet dans d’autres compositions comme la Descente de Croix conservée au musée des Beaux-Arts de Lille ou celle de la cathédrale de Saint-Omer.

Rubens compose, avec des formes et des couleurs, une image conforme à l’un des objectifs de la Contre-Réforme : persuader par les sens plutôt que par la raison.

Images provenant du site Web gallery of Art

Les Ambassadeurs de Hans Holbein le jeune

Double portrait de Jean de Dinteville et Georges de Selve dit les Ambassadeurs peint en 1533 par Hans Holbein le Jeune (1497 ou 1498 Augsburrg (sud de l’Allemagne) – 1543 Londres). Cette huile sur chêne de grande taille (207 cm par 209 cm) est conservée à la National Gallery de Londres. L’œuvre est signée et datée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au premier regard, le spectateur voit dans cette œuvre seulement un portrait d’apparat de Jean de Dinteville l’ambassadeur de François Ier à Londres auprès d’Henri VIII (à gauche) et Georges de Selve l’évêque de Lavaur dans le Tarn (à droite) : les deux français sont représentés en pied, grandeur nature, richement vêtus, ils sont accoudés presque symétriquement à une étagère recouverte d’un tapis persan et d’objets scientifiques et d’instruments de musique, signes d’une culture très poussée. Le mur du fond est caché par une draperie verte.
Une étude plus attentive de la peinture montre une représentation beaucoup plus complexe. Sur le rayon supérieur du meuble sont placés une sphère céleste, un cadran cylindrique (sorte de calendrier donnant, ici, la date du 11 avril 1533 (un Vendredi saint), un cadran polyédrique (à dix faces), un turquet. Tous sont des instruments de mesures astronomiques.
Sur la tablette inférieure, nous voyons un globe terrestre, un livre de mathématique ouvert sur une page consacrée à la division, un compas, un luth à onze cordes dont une est cassée, un recueil de cantiques de Luther et des flutes.
Le sol reprend le pavement de l’abbaye de Westminster et au centre de ce décor un étrange motif a été peint par Holbein : c’est l’anamorphose d’un crâne humain très réaliste quand le spectateur regarde le tableau à partir du côté droit.

détail de l’anamorphose vue sous l’angle qui supprime la déformation

Plusieurs éléments rappellent la mort dans ce tableau en plus de l’anamorphose, la corde cassée du luth, la broche du béret de l’ambassadeur (là il va falloir me croire sur parole) et le crucifix en haut à gauche. Ce thème annonce les natures mortes du XVIIe siècle qu’on nomme les « Vanités ».

Ce panneau évoque également la mission diplomatique du commanditaire : Jean de Dinteville est envoyé par le roi de France à Londres auprès d’Henri VIII pour lui proposer une alliance contre Charles Quint. C’est sûrement pour cette raison que nous voyons des allusions à la Réforme (le livre de cantiques) à la jeune Eglise anglicane (le pavement de Westminster) présentées dans un portrait de deux catholiques.

Cette œuvre est un véritable programme iconographique et parle à la fois du contexte politique et culturel de la Renaissance.

Illustrations : Wikipedia

Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton

Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton (Laon 1412 ou 1415 – Avignon 1466) est un panneau de noyer recouvert d’une toile mesurant 2.20 m de large sur 1.83 m de haut conservé au musée Villeneuve-les-Avignon.

Ce retable a été fait pour la chapelle funéraire du pape Innocent VI dans la chartreuse Notre-Dame du Val de Bénédiction à Villeneuve -les-Avignon.

Ce tableau d’autel représente la Vierge couronnée par la Trinité au milieu de la Cour céleste (anges, apôtres, martyrs saints Innocents). La partie inférieure de l’œuvre montre le monde terrestre : Rome et Jérusalem de part et d’autre d’une Crucifixion. Nous pouvons également voir le Purgatoire d’où sorte les âmes élues et l’Enfer. La composition de ce retable rappelle la disposition d’un tympan d’église gothique. Autre élément médiéval le fond d’or qui recouvre la partie haute évoque le ciel tandis que la partie terrestre est traitée avec un ciel bleu.

La représentation de la Trinité est très étonnante: le Père et le Fils sont figurés de manière identiques et les ailes de la colombe du Saint-Esprit effleurent leur bouche. Les couleurs des draperies mettent en valeur le personnage de la Vierge et donnent l’impression d’une Vierge de miséricorde qui ouvre son manteau pour protéger les plus faibles.

La représentation de Rome rappelle la ville d’Avignon ceinte de grands remparts, la cité romaine est identifiable par l’évocation de la messe de saint Grégoire en l’église Sainte-Croix-de-Jérusalem, église des chartreux à Rome.

Pour symboliser Jérusalem, l’artiste a peint des tours recouvertes de toits en bulbe. Et là c’est une Résurrection qui a été peinte à l’extrémité du panneau.

 

L’élaboration du Couronnement est très bien documentée car en 1889 le contrat passé entre Enguerrand Quarton et Jean de Montagnac a été retrouvé dans des archives notariales. Il a permis d’identifier le peintre, le contexte de la commande mais la personnalité du commanditaire a débouché sur de nombreuses incertitudes. Pendant longtemps Jean de Montagnac a été vu comme le seul instigateur de l’œuvre. Aujourd’hui, les chercheurs pensent qu’il ne fut qu’un intermédiaire entre les chartreux et l’artiste et que ce sont les moines qui inspirèrent le contenu du tableau (voir la communication suivante  Le Blévec Daniel, Girard Alain. Le couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton. Nouvelle approche. In: Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 135e année, N. 1, 1991. pp. 103-126. doi : 10.3406/crai.1991.14942 url : /web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1991_num_135_1_14942.)

Ainsi l’iconographie de la Trinité est dictée par les religieux et rejoint leurs croyances sur ce point important du dogme chrétien (un seul Dieu en trois personnes distinctes et égales : le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Il n’était pas destiné à être vu par des fidèles, les chartreux sont un ordre vivant reclus.

Toutefois, cet important tableau est la figuration du monde tel que se le représentaient certains croyants du XVe siècle.

Illustration : The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM